Nicolas Bonhomme, un pionnier cauchois en Nouvelle France (2)

mercredi 15 avril 2020
par  Francis RENOUT
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Deuxième partie

L’Installation en Nouvelle France

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A) La traversée vers le nouveau monde :

C’est le jour du départ vers une terre inconnue. Nicolas Bonhomme partait en quête d’aventure, de rêves et de de bonne fortune de l’autre côté de l’océan. Ces pionniers partaient souvent seuls, mais parfois en famille. Leurs raisons étaient souvent les mêmes !Ils étaient orphelins, sans terre, sans travail ou souffrait de famine.

Bien moins périlleuse qu’au XVI ème siècle, la traversée était toujours une rude épreuve que marins et passagers n’entreprenaient pas sans crainte. En plus des passagers et des membres d’équipage, le bateau contenait les marchandises et la nourriture pour la traversée, c’est-à-dire des provisions pour deux mois environ. Des animaux vivants comme porcs, moutons, poules, boeufs et chevaux étaient parqués près des cuisines sous le gaillard d’avant, une partie de ceux-ci devant servir à la consommation à bord pendant la traversée. Chaque espace était donc utilisé à son maximum.

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Lorsque le bateau réussissait à quitter le port et à s’engager sur l’Atlantique, une foule d’aléas pouvaient venir entraver le voyage comme les naufrages, les avaries, les attaques des corsaires, les maladies telles que le scorbut. A l’arrivée, les voyageurs étaient soumis au temps froid, aux brumes et aux glaces près des côtes canadiennes, en un mot :au climat rude de l’Atlantique Nord.

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La traversée de l’atlantique aux XVII et XVIII ème siècle :

https://www.cfqlmc.org/bulletin-memoires-vives/bulletins-anterieurs/bulletin-n-22-octobre-2007/la-traversee-de-l-atlantique-aux-xviie-et-xviiie-siecles

Nous n’avons pas l’année exacte, ni le lieu, ni le nom du bateau pour le départ de Nicolas Bonhomme. On suppose que c’est entre 1637 et 1640. Certains mentionnent même 1633. Si nicolas était un engagé, il est fort probable que son contrat stipulait un engagement de 3 ans ; par conséquent la date de 1637 semble être la plus plausible. Est-il parti sur un de ces bateaux ?
Sa date d’arrivée au pays étant incertaine, l’identification du bateau est une chose difficile à évaluer. Et de plus durant la décade 1630, les flottes de bateaux ne nous sont pas tous connus, la liste des passagers encore moins. Si on suppute que 1637 est dans la date d’arrivée de Nicolas Bonhomme en Nouvelle France, Marcel Trudel dans son « catalogue des immiagrants, 1632-1662 » mentionne qu’en 1637, un navire nommé « Nicolas » aurait accosté à Québec durant la première moitié de juillet 1637. Sur cet arrivage, 48 passagers sur 120 sont identifiés ; mais Nicolas Bonhomme ou Catherine Gouget n’en font pas partie.

Liste chronologique des navires :

http://naviresnouvellefrance.net/

En ce début du XVII ème siècle, parmi les dix principaux ports de départ on retrouve : Dieppe, Rouen, le Havre, Honfleur, la Rochelle, Rochefort.
L’arrivée en Nouvelle France se fait par le fleuve saint Laurent. Ce fleuve est un long cours d’eau qui relie les Grands Lacs de l’Amérique du Nord à l’océan Atlantique au Canada. Ce fleuve est nommé par les Autochtones sous le nom de « la Rivière qui marche », qui sera plus connu sous le nom de « Grande rivière de Canada » au XVIe siècle. mais après 1604, le fondateur de Québec opta pour « grande riviere de sainct Laurens » et « fleuve sainct Laurens » dans ses écrits et sur ses cartes.

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Le poste de traite de Tadoussac est situé sur le fleuve Saint-Laurent, à l’em­bouchure de la rivière Saguenay, à 200 km en aval de Québec. C’est l’aire de mouillage des bateaux qui arrivent de France et le lieu du premier établissement français. Dès lors, Tadoussac s’affiche comme le port d’attache le plus important de la Nouvelle-France, mais aussi comme le plus important comptoir de traite de l’immense Domaine du roi.

http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-673/Tadoussac_entre_mer_et_for%C3%AAts.html#.XIpBxqBCepo

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B ) L’histoire de la Nouvelle France :

La Nouvelle France était une colonie située en Amérique du Nord, ayant existé de 1534 à 1763. Sa capitale était Québec.
Ces pionniers, émigrés de France, ont travaillé extrêmement fort pour venir s’enraciner dans un nouveau pays et créer une descendance qui perdure encore de nos jours.
D’où viennent les Canadiens-Français, c’est-à-dire les descendants des pionniers venus défricher les vallées du fleuve St-Laurent et de la rivière Richelieu à l’époque de la Nouvelle-France ?

https://monarchomaque.org/2011/10/19/ascendance/

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Après le long temps au cours duquel les Français furent chassés de la Nouvelle-France par les frères Kirke, peu à peu, le pays se repeupla.
Il y a aujourd’hui 392 années en créant la « Compagnie des Cent Associés » sous la direction de Samuel de Champlain afin de favoriser le commerce avec la Belle Province et son peuplement, à partir d’un minuscule hameau de traite, nommé Québec, le cardinal de Richelieu décidait par ordonnance royale que tout Français établis au Québec, conserverait le droit de retour, la plaine possession de sa citoyenneté et de ses facultés juridiques en Amérique du Nord et dans le royaume.

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En 1632, les Anglais qui avaient occupé Québec pendant trois années en vertu de la loi du plus fort en avaient été évincés au terme d’un traité de paix signé à Saint-Germain-en-Laye le 29 mars 1632. Le gouvernement royal de Paris avait mis trois mois à en obtenir l’application, mais une accalmie est constatée. La centaine de Français employés de la « Compagnie de la Nouvelle France » qui en avait repris possession avait dû se remettre au travail pour relever les ruines laissées par l’adversaire.

En 1635, au moment du décès de Samuel de Champlain, à Québec, le peuplement du pays par les Français était en bonne voie.

Implantation des français (1534/1760) :
http://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/HISTfrQC_s1_Nlle-France.htm

En 1636, Charles Huault de Montmagny, successeur de Champlain, nouveau gouverneur général de la colonie, débarque à Québec. Le lendemain, 12 juin les familles de Pierre Le Gardeur de Repentigny et de Michel Le Neuf du Hérisson arrivaient à Tadoussac. L’année suivante, madame de La Peltrie, stimulée par les lettres expédiées à Paris par le Père Paul Lejeune songe à participer concrètement au peuplement du pays, en assurant la présence de religieuses et par l’envoi de jeunes filles choisies.

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En 1637, puisant à la même source, celle du Journal des Jésuites, Noël Brûlart de Sillery expédie en Nouvelle-France une vingtaine d’ouvriers dont la tâche sera de jeter les bases de la mission qui deviendra Saint-Joseph de Sillery. Pour s’assurer que les travaux soient effectués avec diligence et à la convenance des missionnaires, le donateur, qui ne verra jamais la Nouvelle-France, demande au père Lejeune "d’avoir l’oeil sur les ouvriers envoyés pour la construction du bâtiment et le défrichement des terres" D’après Archange Godbout, Nicolas aurait pu être un des vingts ouvriers expédiés en Nouvelle-France par Noël Brûlart de Sillery.

Avant 1640 rien d’autre que des hypothèses. Doit-on relier la présence de Nicolas Bonhomme aux Trois-Rivières, en 1640, au fait que Jacques Hertel, propriétaire d’une vaste étendue de terre à cet endroit soit originaire de Fécamp, ville natale de Bonhomme ? Et doit on attribuer au hasard le fait que Jean Godefroy de Lintot, compagnon de Hertel, ait vu le jour à Lintot, village voisin de Fécamp ? 

Peut-être que Nicolas Bonhomme connaissait bien les Hertel et les Godefroy de Normandie ? A son mariage, en 1641, on retrouve un Jean Godefroy comme témoin ! Est ce par hasard ?

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En 1641, la Nouvelle-France comptait quelques centaines habitants. Nicolas Marsolet, qui avait de bonnes raisons pour ne pas vouloir rencontrer le Père de la Nouvelle-France rentra à Québec pour y fonder une famille.

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C ) Les débuts de la nouvelle vie de Nicolas :

C’est peut-être en voyageant dans une barque avec d’autres passagers, en route pour rejoindre Trois Rivières, qu’il fit la connaissance de sa future épouse. Elles sont normandes comme Nicolas. Pendant le voyage, ces dames et Nicolas Bonhomme fraterniseront et parleront du pays. Trois mois plus tard, Nicolas épousera Catherine Gouget. L’abbé Ferland dans son histoire du canada affirme que Catherine Dufrançois et Léonard Gouget, les parents de Catherine, étaient présents au pays avant 1640, mais sans citer de sources. Ils sont normands comme Nicolas.Est-ce que les Gouget ont rencontrés Nicolas avant 1640 ? Possible.

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Le voici donc, le 2 septembre 1640, vivant, comme sa future, dans l’habitation de Trois-Rivières. Catherine Gouget, fille de Léonard et de Catherine Dufrançois, comme on vient de le voir, est originaire de Thury ( Thury Harcourt ) en Normandie. Comme il n’y a pas de notaire sur place, ce contrat est rédigé et est insinué par Martial Piraubé, à Québec, le 7 janvier 1641. Les témoins sont Nicolas Marsolet, Jean Nicolet, Jean Godefroy, Jacques Hertel (de Fécamp), Michel Leneuf du Hérisson et Marguerite Couillard.

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« Dieu sera faict en face de Nostre Mère Saincte [Eglise]
2 sept. 1640 cathollicque, apostolicque et romaine, entre Nicolla[s]
fils de deffunct Nicollas bonhomme et de Marye [g.y....][sa]
mère, en leur viv[ant] demeurant à Saincte Croix, parr[oisse][de]
Fescamp, au pays de Caux, et de Catheryne gouget [fille de]
Leonard gouget et de Catheryne du francois, sa m[ere][....]
au bourg de Thury en Norm(an)dye, lesditz [....]
de present demeurants en Canada, pays [....]
France, dans l’habitation des Troys [Rivières] [pour]
parfaire et consommer ledit mariage [....] 

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Nicolas Marsolet (mansolet), dit Saint Aignan, fils de Nicolas et de Marguerite Planes, est né et baptisé à Rouen, à la paroisse saint Pierre le Potier, le 7 février 1601. C’est un aventurier, interprète amérindien, marchand de fourrures, trafiquant, seigneur de Bellechasse et autres lieux en Nouvelle-France. Il épousa marie le Barbier, fille d’henri et de Marie le Vilain, à Rouen paroisse saint sauveur, le 26 mars 1637. Marie Le Barbier sera la marraine de Marie Madeleine, le premier enfant du couple Bonhomme-Gouget.

http://www.biographi.ca/fr/bio/marsolet_de_saint_aignan_nicolas_1F.html

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S’il est un engagé, Nicolas travaillera peut-être trois ans au même endroit, soit aux Trois-Rivières. Rappelons qu’à cette époque, cet établissement était un poste de traite de pelleteries, situé sur la rive nord du Saint-Laurent, là où le Saint-Maurice se divise en trois branches avant de se jeter dans le fleuve, à 129 km en amont de Québec. Fondé six ans plus tôt, le poste n’abrite qu’une trentaine de colons.

http://sgce.qc.ca/wp-content/uploads/2017/10/v40-4.pdf

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D ) Thury Harcourt :

Ce bourg de 2000 habitants se trouve dans le département du Calvados, en région normande. Située dans la vallée de la rivière l’Orne, ses environs très vallonnés comme à Clécy, ou bien à la Roche d’Oëtre sont un contraste saisissant avec le plateau de Caen situé plus au nord.

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Le nom ancien est Thury, mais le marquisat de Thury fut érigé en duché-pairie au bénéfice de Henry d’Harcourt, marquis de Thury sous le nom de « duché de Harcourt » en 1709, induisant une modification du nom. Le château construit à partir de 1635 et agrandi par la suite, était le siège du gouvernement de la province confiée à la famille d’Harcourt.

Thury est une citée de tanneurs.Jusqu’à 18 tanneries et 4 moulins étaient en activité sur le bord de l’Orne et du Traspy (l’autre cours d’eau qui traverse Thury). Un moulin de Thury était d’ailleurs un moulin à tan. Le tan était de l’écorce de chêne broyée qui permettait d’assouplir les peaux. Ce matériau indispensable dans l’activité des tanneries restera en usage jusqu’à l’avènement des produits chimiques.

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Les traces de cette activité sont encore bien visibles, le quartier des tanneurs ayant été épargné par les combats et les destructions. Juste en dessous du château, la tannerie « Michaud-Tabourel » offre au regard un exemple en bon état de ces tanneries.
Au rez de chaussée se trouve le lavoir qui permettait de tremper les peaux, le premier étage est le saloir où elles étaient traitées et enfin le troisième niveau abritait le séchoir.

Au cours du 17e siècle, plusieurs familles s’établissent au Canada. Avec eux s’en va le curé de la paroisse, l’abbé Lesueur (1598/1668). Ils fondent la paroisse Saint-Sauveur de Québec. Parmi eux, Pierre Legardeur (1648 ?), général de la flotte de la Nouvelle-France, donne son nom aux villes de Legardeur et de Repentigny, province de Québec. Charles Legardeur arriva au Canada en 1636 avec sa mère et son frère Pierre. Très tôt, il fut associé à la traite des fourrures. Pierre Legardeur sera le parrain du premier enfant de Catherine Gouget et de Nicolas Bonhomme en 1641.

la façade du XIII ème de l’église Saint-Sauveur subsiste encore telle que l’ont connue ces fameux colons des tout débuts du Canada : l’abbé Le Sueur, dont c’était l’église paroissiale, et les frères Legardeur qui y furent baptisés dans la première moitié du XVII ème siècle.

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Ces derniers sont nés à Croisilles, à la ferme du Breuil, grosse ferme du XVIIe siècle qui dresse ses gracieuses fenêtres au milieu des arbres. En 1636, nous les retrouvons au Canada avec toute leur famille : leur mère, leur soeur, et la belle-famille de cette dernière, les Leneuf, de Caen. Ce petit groupe est arrivé à la suite du gouverneur de Montmagny.

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E ) La famille Gouget :

Léonard Gouget était-il artisan ou commerçant à Thury ? On le dit bourgeois !Berneval dans ’Contingents de Filles de 1639’ reprend l’affirmation de l’abbe Ferland et rajoute que Leonard Goujet est bourgeois et qu’il enregistre sa profession de foi à Thury le 27 mars 1651. C’est le seul document ou on peut lire que Leonard est bourgeois (Bulletin des recherches historiques)

Y a t-il un lien entre ces tanneries et le commerce des peaux entre la Nouvelle France et la Normandie ? L’abbé Ferland mentionne qu’il était en Nouvelle France avant 1641. Y était-il vraiment, et si oui, que faisait-il à Trois Rivières ? Ce que l’on sait :

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La traite des fourrures était l’échange de biens de nécessité contre des fourrures, en particulier entre les colons européens d’Amérique du Nord, français et britanniques et les autochtones des Premières Nations en Nouvelle-France. Elle était l’une des principales activités économiques du XVIIe siècle au XIXe siècle entre Amérindiens et nouveaux arrivants. Les fourrures qui transitaient par les colons étaient destinées en presque totalité aux marchés européens, en particulier aux marchés des deux mères-patries, la France et la Grande-Bretagne.

Les explorateurs français, (Radisson et Groseilliers, La Salle) qui cherchaient à l’origine des voies de pénétration à travers le continent, établirent des contacts avec les Amérindiens et s’aperçurent qu’ils désiraient échanger des fourrures contre des objets que les Européens jugeaient courants (miroirs, bouilloires, hachettes, couteaux…). La fourrure (particulièrement celle de castor) était alors particulièrement prisée sur les marchés européens.

F,Renout
(Administrateur cgpcsm)

Sources :
1) Bertrand Fleury (Généalogie pour tous)
2) Michel Lincourt
3) André Lachance (La traversée de l’Atlantique aux XVIIe et XVIIIe siècles)
4) Raymond Douville (Dictionnaire biographique du Canada-famille Hertel de la fresnières)
5) Jean Bonhomme. (descendant de la famille et correspondant)
6) Yves Duboy Fresnay (Fécamp)
7) Patrimoine normand (Thury Harcourt)
8) Michel Fournier (coordonnateur du fichier origine)
9) Cercle Généalogique de l’Aunis (Josy)


Documents joints

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Portfolio

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