Histoire d’un village cauchois : Biville la Martel

samedi 27 février 2021
par  Francis RENOUT
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C’est une belle journée ensoleillée d’automne ! La campagne cauchoise nous offre une palette unique de couleurs. Au loin, les arbres se couvrent d’un dégradé de jaune orangé de toute beauté. Des sacs de pommes se côtoient, appuyés aux pieds des pommiers. Quelques flaques d’eau rappellent qu’il a plu la veille au soir. Les vents qui sévissent et balayent la région en cette période de l’année, amoncellent les feuilles, aux couleurs changeantes, sur le sol humide. C’est une magnifique journée pour la randonnée.

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Nous voici arrivés à Biville la Martel. C’est ainsi que ce village se nommait autrefois. En 1825, il fusionne avec la paroisse d’Ypreville pour former le village d’Ypreville Biville. A l’ entrée du village, sur les hauteurs, se dressent les ruines d’une ancienne chapelle, épaulée par des contreforts. Ce sont les ruines de la chapelle dédiée à Saint Martin. On y accède par un chemin caillouteux, bordé d’arbustes au feuillage rougeoyant. Au détour de l’allée, se dresse l’édifice de style roman du XI ou XII ème siècle, composé de murs épais en grès du pays et de corniche à modillons sculptés. Sur la droite, dans le cimetière, on aperçoit deux tombeaux en pierre.

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Devant nous, se dressent les murs pignons encore debout. A travers l’entrée imposante, on aperçoit au fond l’ancien chœur datant du XI ème siècle. Ce sanctuaire est depuis bien longtemps désaffecté.PNG - 1.1 Mo En 1825, le clocher s’effondre, emportant avec lui, le toit. Au sol, inondées par les rayons du soleil d’automne, dégradées par le temps, des dalles tumulaires datant du XVI et du XVII ème siècles, rappellent qu’ici, reposent quelques seigneurs ou personnages importants du lieu. Difficile d’en décrypter l’écriture. La pluie inonde PNG - 632.9 koles moindres interstices des lettres et du blason. Celles-ci sont envahies par les mousses et effacées au cours des années et du temps qui passe inexorablement. Seraient-ce les tombeaux de la famille De Martel ?

Près du maître-autel, sur une dalle funéraire, on peut encore lire :« sous ce tombeau repose le corps de noble enfant Adrien Martel, seigneur châtelain du Hanouard, qui décéda le 1 novembre 1603, âgé de 7 ans. »

A Ypreville-Biville on mentionne l’existence d’une chapelle au loup, appelée ainsi à cause d’une légende. Trois chapelles existaient autrefois en ces lieux dont deux furent détruite en 1369 et 1738. Cette légende, mentionnée entre autre par l’abbé Cochet, raconte qu’un jour, une chèvre qui broutait l’herbe du cimetière, fut attaquée par un loup. La chèvre était attachée, mais avec la force que procure la peur, elle put s’enfuir à l’intérieur de la chapelle, avec la corde et le pieu qui la retenait. Le loup la suivit de près, mais celle-ci put l’esquiver et s’enfuir par la porte d’entrée. Elle referma cette dernière, grâce à la corde et au pieu qu’elle traînait derrière elle. Le loup fut alors aux prises des paroissiens, alertés par les bêlements. Cette légende rappelle ainsi le caractère protecteur et sacré de ses édifices religieux, où n’importe quelle personne se sentant en danger, pouvait alors y trouver refuge et assistance.

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C’est dans ce petit cimetière, que le lundi 25 juin 1725, Anne Bertin dont le corps fut levé du cimetière de Tiétreville, sous l’ordonnance du sénéchal de Fécamp, juge civil et criminel, nommé Nicolas Desmares, put y reposer selon la demande des parents. Ce mot « parents » désigne la famille proche : ce peut être le père ou la mère, mais aussi les frères et sœurs, tantes, oncles ou cousins. Je précise car on m’a déjà posé plusieurs fois la question !

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C’est aussi dans ce village que naît Nicolas François Viel, le 21 avril 1752, fils de François et de Marie Françoise Leboucher. Au cours de sa vie, il sera espadeur de lin. Dans cette France à 80 % rurale, cet ancien métier consiste à battre le lin (ou le chanvre) avec un sabre de bois nommé espade, afin de dégager les chèvenottes et l’affiner avant de le peigner.

Jean Baptiste Quesnel, né à Baons le Comte le 11 mai 1741, fils d’Antoine et de Marguerite Foloppe, exerçait les fonctions de chapelain à Biville la Martel quand il refusa le serment à la constitution civile du clergé. Arrêté en 1793, martyre de l’église de France, il fût envoyé à Rochefort. Condamné à la déportation, il mourut le 5 juillet 1794, à l’âge de 53 ans et fût inhumé à l’île d’Aix.

Prêtres déportés sur les pontons :

http://pretres-deportes.rabany.eu/

Au XIème siècle, Robert-le-Magnifique, duc de Normandie de 1027 à sa mort en 1035 (père de Guillaume le Conquérant) fait don des terres de Biville et d’Ypreville, appelées alors Buie Villam et Ypram Villam, aux deux fils d’un ami, le seigneur Gosman, Hundulf possède Biville et Osbert Ypreville. Les églises des deux fiefs des XIème et XIIème siècles sont sous le patronage de l’Abbaye de Fécamp. Au XIIIème siècle, la chapelle Saint-Martin de Biville passe entre les mains de l’archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, avant d’être directement dépendante des seigneurs du lieu.

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En 1581, la seigneurie appartient à la famille Martel, de par le mariage de Charles François Martel, écuyer, seigneur de Montpinchon, avec Isabeau Françoise d’Ysnel, dame de Biville. Le 23 avril 1607, leur fille Marie, se marie avec Charles De Bailleul, escuyer Seigneur d’Angerville-Bailleul , de Croixmare, de Villemesnil & autres lieux, vieille famille noble du Pays de Caux. Le château de Biville est édifié sur une ancienne forteresse. Il en a conservé une superbe cave voutée et deux fours à pain. Un jardin arboré de 3000 m² l’entoure.

Famille De Martel :

http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Martel-de-Bacqueville.pdf


F.Renout

(Administrateur cgpcsm

Sources :
Archives départementales
Wikipédia


Documents joints

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