Camille et Jules Saint Saëns, deux artistes et cousins lointains ?

lundi 8 juillet 2024
par  Francis RENOUT
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C’est l’automne. Le vent souffle et la pluie s’écrase sur les vitres. C’est la période idéale pour rédiger mes articles bien au chaud.

Depuis quelques années, j’ai accumulé des recherches concernant Jules Saint Saëns, peintre valeriquais. Pourquoi cet intérêt pour cette personne particulièrement ? Dans mon adolescence, j’ai souvent croisé ce personnage, qui habitait non loin des sœurs de mon grand-père, chez qui j’allais régulièrement rendre visite. Mais ce qui m’intriguais le plus, c’était de savoir si Jules avait un lien familial avec Camille Saint Saëns, pianiste et compositeur !

Concernant ce patronyme, on s’aperçoit qu’il est plus concentré sur la Seine Maritime. Y a t-il un lien avec le village du même nom dans la pays de Bray ?Dans son livre, Jean Gallois, historien musicologue, s’est posé la question et a cherché une réponse concernant Camille. Après son étude, il en conclut qu’il n’y a pas de lien véritable entre la ville et l’artiste. Qu’en est-il pour nous, au niveau parenté des deux artistes ?

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Biographie de Jules Saint Saens :

Jules François Saint Saens voit le jour le 11 décembre 1874, à 21 heures, au domicile de ses parents, sis rue pavé à Saint Valery en Caux. C’est Marie Louise Saint Saëns, épouse de Jean Romain Brieu, qui assiste à l’accouchement et déclare la naissance, en l’absence du père qui est présentement en mer. Ses parents François Ernest et Célina Pauline Drouet sont alors âgés de 19 et 18 ans et s’étaient mariés quatre mois auparavant le 28 août 1874, dans la même ville. Son père est donc marin et fréquentait souvent les bancs de terre neuve. Quand à sa mère, elle est marchande de fruits. Une sœur Louise Madeleine naît le 16 mars 1878, à Rouen.

Malheureusement, Jules et sa sœur seront orphelins très jeunes. Leur père décède en mer, le 26 octobre 1881, à bord du brick « Henri, à l’âge de 25 ans. Ce navire armé à Saint Valery en Caux, est commandé par Jean Baptiste Duchemin et appartient à Charles Anquetil. Trois ans plus tard, sa veuve se marie en secondes noces avec Louis Alexis Vimont, le 29 novembre 1883, à Saint Valery en Caux.

Au recensement en 1894, Jules est mentionné chaudronnier.

Jules François se marie le 11 avril 1898 avec Victorine Aimée Legros, originaire de la même ville cauchoise, née le 2octobre 1879. Un contrat de mariage est établi chez Maître Bouterre, notaire, le 29 mars de la même année. L’un des témoins est le beau-frère de l’époux, Elpège Auger, instituteur local.

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Jules François commence son aventure professionnel chez son beau-père Louis Vimont en tant que chaudronnier, plombier et couvreur. Il lui succédera en tant qu’artisan jusqu’au début de la guerre de 1914 ; certainement depuis le décès de son beau-père le 20 janvier 1894. Mais la passion de celui-ci était le dessin. Les feuilles de papiers qui jonchaient son bureau, montrent alors qu’une vocation de peintre naissait dans l’esprit de Jules.

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Mais, la guerre est là ! Le 28 mars 1915, Jules est mobilisé comme ouvrier aux tréflileries et laminoirs du Havre. Cet entreprise fabrique des obus, des douilles, des cartouches et des balles. Son commerce , pendant ce temps,est en train de péricliter. Quand la guerre fut enfin finie et qu’il rentra dans son foyer, Jules ne fit rien pour le relever. A l’époque, son idée était claire : gagner Paris et devenir artiste peintre. Son épouse l’encourage dans cette voie. Victorine sera aide comptable à Levallois Perret.

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Sa véritable carrière artistique va commencer vers les années 1920-1925. Il fréquente alors un groupe de peintres professionnels « La harde ». Jules expose ses toiles boulevard Raspail, à Ménilmontant et boulevard saint michel, le long des murs du lycée saint louis. A cette époque, il revenait à saint valery en caux pendant la belle saison. Son plaisir était de peindre des pommiers en fleurs.

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Pendant la saison estivale, il exposait ses œuvres, aux alentours de la plage , sous un éventaire de toile. Il revint s’installer définitivement dans son village natal, à la veille de la seconde guerre mondiale, vers 1940. Malheureusement, les allemands le prenant pour un espion, lui interdire de peindre les ruines de la ville ; ce qui lui déplut fortement. Son épouse décède le 16 juillet 1940.

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Quand je l’ai connu, il habitait une petite maison en briques derrière la villa « Saint Parre », près de la rue de la grâce de Dieu. On y accédait par un chemin caillouteux, bordé d’ifs qui menait aux jardins communaux. Peu méfiant, il ne fermait jamais ses portes. Un jour, une partie de ses œuvres, qu’il accrochait aux murs de sa maison, disparurent.

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Canne en main, Jules aimait se promener sur le quai d’aval et faire son tour en ville. Parfois, il s’arrêtait pour souffler et remettre en place son béret basque rebelle. A 80 ans, il eut l’idée d’acheter un vélomoteur, qui lui permit de promener son chevalet jusqu’à Calais et au Mont saint Michel. Il décède le 29 janvier 1969, à l’hôpital communal ; âgé de 95 ans.

Origine des ancêtres de jules Saint Saens :

Son père est né à Blosseville sur mer en 1855 et son arrière grand-père à Sotteville sur Mer, en 1831. Au cours des XVII et XVII ème siècle, la famille Saint Saëns est établi à Veules les Roses, à la paroisse saint martin. Un des ancêtres est casseur de grès. On dénombre plus de onze familles portant ce nom dans le village vers 1650. On s’aperçoit qu’en trois siècles, cette famille a parcouru 10 kms de Veules les Roses à Saint Valery en Caux.

Biographie de Camille Saint Saëns :

Charles Camille naît le 9 octobre 1835, à Paris, au 3 rue du jardinet, dans le 6 ème arrondissement. Ses parents le font baptisé le 27 octobre à l’église saint sulpice. On lui donne le prénom de Charles en l’honneur de sa grande tante maternelle (Charlotte Masson), et de Camille, en mémoire de l’oncle récemment disparu. Il est le fils de Victor Joseph Saint Saëns et de Françoise Clémence Collin mariés le 24 novembre 1834, à Paris 11 ème, à la paroisse saint sulpice. Son père est fonctionnaire au ministère de l’intérieur et sa mère est musicienne.

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Charles Camille ayant hérité de la maladie paternelle, de santé fort fragile, est envoyé en nourrice à Corbeil, près de Wassy, village de Haute Marne, où sa mère avait conservé des attaches familiales. Il y restera deux années et y retournera fréquemment pendant son adolescence.

A trente mois, le jeune Camille prend ses premières leçons de solfège et de piano avec sa grande tante Charlotte Masson. Pianiste, elle avait décelé très tôt les dons du jeune enfant et lui donnera d’excellentes bases. Enfant prodige, il étude le piano et la composition très jeune et donne ses premiers concerts à l’âge de onze ans en 1846, à la salle Pleyel, à Paris. Il fait des études générales brillantes où il montre un grand intérêt pour les disciplines littéraires et scientifiques. Il entre au conservatoire en 1848. Il consacrera sa vie entière à la musique. Concernant sa carrière musicale voir le lien ci-dessous très bien documenté :

https://www.musicologie.org/Biographies/saint_saens_c.html

Je vais plus me concentrer sur sa vie familiale et ses ancêtres. En 1870, c’est la guerre et la débâcle ! Camille fait son devoir comme les autres. Malgré son état physique inquiétant, il est enrôlé comme simple soldat au 4 ème bataillon de la garde nationale de la seine. Il monte la garde sur les remparts.

Charles Camille se marie à l’âge de 40 ans, le 3 février 1875, au Cateau Cambrésis dans le nord, avec Marie Laure Truffot, âgée de 20 ans et originaire de Paris, fille d’un industriel. Marie Laure est en butte, à l’hostilité de sa belle mère. La vie du ménage est difficile. Camille se consacre essentiellement à la musique. Deux enfants naissent en 1875 et 1878. Tous deux décèdent en bas âge en 1878, à six semaines d’intervalle, à Reims. André, l’aîné, meurt à la suite d’une chute d’une fenêtre, depuis le 4 ème étage, au mois de mai . Marie Laure ne pouvant plus allaiter leur second fils Jean François, le confie à une nourrice en province.Il meurt à son tour, en juillet, d’une pneumonie. Camille accable son épouse dont il se sépare, après trois ans d’éloignement, sans jamais divorcer.

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Le 18 décembre 1888, à Paris, très choqué par le décès de sa mère dont il est très proche, il fait un voyage en Algérie et s’installe à Dieppe où habite une partie de la famille paternel. Il créé un musée dans cette ville, en 1890, dont il fit don d’un piano à queue pleyel. Les années qui suivent sont l’occasion de nombreux voyages, à travers le monde. L’année de sa mort, à 86 ans, il donne un concert au casino de Dieppe, pour les 75 ans de ses débuts. C’est en allant à Alger, repris par la congestion pulmonaire, qu’il meurt le 16 décembre 1921, à l’hôtel de l’oasis. Des cérémonies d’obsèques ont lieu, à la cathédrale d’Alger. Son corps est transféré en France sur le paquebot Lamoricière et déposé à la Madeleine. Le 24 décembre, d’imposantes cérémonies nationales se déroulent en présence de nombreuses personnalités officielles. Il sera inhumé dans la chapelle qu’il avait fait construire pour ses enfants au cimetière Montparnasse.

http://www.musimem.com/saint-saens.htm

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Origine des ancêtres de Camille Saint Saëns :

Son père Victor Jacques Joseph naît le 19 mars 1798, à Rouxmesnil Bouteilles. Il suivra son frère à Paris. Employé dans les bureaux du ministère de l’intérieur, il occupe ses loisirs à écrire des poèmes, chansons et comédies, ambitionnant de réussir au théâtre. Malheureusement,il décède le 20 décembre 1835, à Paris, âgé seulement de 37 ans, miné par la phtisie (tuberculose pulmonaire), trois mois après la naissance de son fils unique. Les deux femmes, mère et tante de Camille, veuves et isolées, conservent l’appartement de la rue du jardinet et élèvent ensemble le jeune garçon qui a toujours considéré avoir eu « deux mères ».

Ses grand parents, Jean Baptiste Nicolas Saint Saëns et Marguerite Vallet, se marient le 12 novembre 1776 à Saint Aubin le Cauf.Marguerite est la fille d’un laboureur de Saint Aubin sur Mer. Il est exploitant agricole, maire du village de Rouxmesnil-Bouteilles sous l’empire et la restauration. Il paie 291 livres d’impôts pour l’exploitatrion de sa ferme. En 1789, il devient député à l’assemblée du bailliage d’Arques, pour établir un cahier de doléances, en vue de la tenue prochaine des états généraux. En 1791, il fait planter un peuplier comme arbre de la liberté à Rouxmesnil le haut. Il résigne ses fonctions de maire en 1820. Le couple aura huit enfants. Les cinq filles épouseront des cultivateurs et les trois fils prendront d’autres voies. Jean Baptiste Camille reste à Dieppe, devient prêtre au pollet, puis vicaire à Neuville. Nicolas ira s’établir épicier à Paris. Tous deux décèdent à Arques la bataille où il s’étaient retirés après une vie de labeur bien remplie.

Ses arrières grand-parents, Pierre Nicolas et Marie Catherine Isaac se marient à Néville, le 13 juillet 1743. Pierre Nicolas naît le 22 décembre 1715, à Blosseville. Il est laboureur. Il décède à Ouville la Rivière le 22 février 1777. Son épouse Marie Catherine est née le 26 décembre 1722, à Brachy. Elle décède le 60 juin 1762, à Sant Aubin le Cauf.

Ses premiers ancêtres sont originaires de Veules les Roses depuis le début du XVII ème siècle. Nicolas naît le 10 février 1688 dans ce village côtier. Il se marie le 7 mai 1708, à Veules les Roses avec Suzanne Lange, en présence de Guillaume Lange, prêtre à Dieppe. Les deux époux signent avec aisance le registre. Malheureusement, les parents ne sont pas mentionnés sur l’acte. Suzanne est née aussi, à Veules les Roses, le 17 février 1691.

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L’orthographe et la prononciation du nom :

D’après l’historien Claude Fournier, le père du musicien Camille ne tenait pas à ce que l’on prononce le « S »à la fin. Celui-ci fit aussi ajouter un tréma sur le « E » de saëns pour différencier son nom des autres patronymes.

A veules les Roses, sur les registres paroissiaux le nom est écrit de dfférentes façons : Sainctcens, Sainctseans, Saint Saens etc.…

Jules et Camille sont-ils cousins ?

Malheureusement on ne peut pas remonter jusqu’à l’ancêtre commun de Jules et Camille. Les registres paroissiaux de Veules les roses permettent de retrouver des mariages filiatifs que jusqu’au début des années 1700. Avant le XVII ème siècle, il faudrait rechercher dans les actes notariés pour retrouver le lien familial ; car ce lien existe. Leurs ancêtres étaient de la paroisse Saint Martin.

Epilogue :

Une génération sépare ses deux artistes. Bien que ceux-ci ont fréquenté les mêmes lieux mais à des dates différentes (Paris, Pays de Caux), ils n’auraient pas pu se rencontrer, car quand démarre la carrière de Jules à Paris vers 1920, Camille décède en 1921.

Francis Renout
(Administrateur cgcsm)

Sources :
Archives départementales (état civil et matricules militaires)
Gérard Vuillemier ( bulletin tout saint valery en cause)
Société Camille Saint Saëns (Chronologie 1835-1852)