Auguste Bruno BRACQUEHAIS, premier photographe reporter de l’histoire de France

lundi 9 novembre 2020
par  Francis RENOUT
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Méconnu du grand public, Auguste Bruno Bracquehais photographe Dieppois, réalise 150 clichés sur l’épisode insurrectionnel de la commune de 1871. Il est pratiquement le seul ,à réaliser de rares photos, pendant la période de la commune de Paris. La photographie n’en est qu’à ses débuts. En dépit des difficultés matérielles dus aux besoins de lumière et des longues poses des sujets statiques, il sort tout son matériel pour aller photographier les soldats.

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Auguste Bruno nait à Dieppe le 18 janvier 1823, à 16h, au N° 39 grande rue, près de la rue des cordonniers. Ses parents André Narcisse et Virginie Adèle Bourel se marient le 23 janvier 1818 à Rouen. C’est son grand-père paternel, André Bracquehais, âgé de 62 ans, qui est le témoin de sa naissance. Tout laisse à penser qu’il est issu d’une famille bourgeoise . Ses ancêtres, dont on retrouve la trace au début du XVII ème siècle, sont originaires d’Anceaumeville, petit village situé entre Clères, Fresquiennes et Montville. Ils sont négociants, cultivateurs et marchands de bois.

Second fils d’une famille de cinq enfants, Auguste Bruno est sourd muet dès la naissance. Quelques années plus tard, suite à cet handicap, ses parents l’envoient étudier et apprendre le métier de lithographe à l’institut royal des sourds muets de Paris ; école qu’il fréquente entre 9 et 12 ans. Le choix de l’enseignement professionnel est assez limité dans cet institut : jardinier, cordonnier, menuisier, lithographe, tourneur, relieur et sculpteur sur bois.

En 1850, après avoir été apprenti lithographe à Caen, il s’installe comme photographe à Paris. C’est là qu’il rencontre le photographe Alexis Gouin (1799/1855). Il l’assiste dans la réalisation de portraits et d’images érotiques, souvent en stéréoscopie et colorisées.

En 1851, il apparaît dans le bottin comme photographe. Un an plus tard, en 1852, il collabore avec la fille d’Alexis Gouin, Laure Mathilde, qui est aussi photographe et coloriste pour son père. C’est au cours de cette année qu’il installe son propre studio, au N° 110 rue de Richelieu.

En 1854, il commence à vendre ses photographies.

En 1856, il épouse Laure Mathilde. Son beau-père, âgé de 65 ans, vient de mourir quelques mois plus tôt d’une attaque cérébrale, le 25 février 1855. Exerçant le même métier que ce dernier, le couple reprend le studio de photographie, situé au N° 37 rue Louis Legrand. Auguste Bruno pratique le portrait et les nus féminins en daguerréotypes. Ceux-ci sont colorisés par son épouse.

En 1863, ils s’installent au N° 11, boulevard des italiens, à l’enseigne « la photographie parisienne », après le décès de Mme Marie Catherine Bellangé Gellé, mère et belle mère.

En 1864, avec le photographe Despaquis, ils montrent à la société française de photographie un nouveau procédé de tirage au charbon qui est bien accueilli. Par la suite, Auguste Bruno participe à différentes expositions , comme l’exposition universelle de 1867, où il obtient une mention honorable.

Arrive la guerre Franco-Allemande de 1870, entre le 19 juillet 1870 et le 28 janvier 1871, conflit qui opposa la France à une coalition d’états allemands dirigée par la Prusse et comprenant les vingt et un autres états membres de la confédération de l’Allemagne du nord ainsi que le royaume de Bavière, celui du Wurtemberg et le grand duché de Bade.

https://www.revueconflits.com/guerre-1870-jean-baptiste-blandenet/

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La commune de Paris débute juste après la guerre de 1870. L’insurrection dure deux mois, de mars à mai 1871 et fait suite à la défaite de la France contre la Prusse et au siège de Paris.ar une extrême misère, le peuple prend les armes et envahit les rues de Paris.

https://www.wdl.org/fr/item/1300/

Pendant cette période, la plupart des photographes sont partis de la capitale. Par contre, Auguste Bruno reste pour rapporter, au jour le jour, des reportages photos des événements. Sans le savoir au moment, il réalise les premiers photos reportages de l’histoire de France. Sur sa production de 150 clichés, 109 sont connus aujourd’hui. Grâce à sa présence sur le terrain, il est le seul à capter des moments historiques, comme les portraits des fédérés, posant fièrement devant les barricades.

Quelques photographies :

https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Personnalit%C3%A9s/B/Bruno_Braquehais

A cette époque, les journaux publient des gravures pour illustrer les articles. Ses photos ne seront connus qu’après les événements. De nos jours, celles-ci illustrent nos livres d’histoire.

Deux ans plus tard, en 1873, Auguste Bruno fait faillite et sera enfermé treize mois à la prison de Mazas pour abus de confiance. Le 21 octobre 1874, le jugement de séparation de corps et biens , à la demande de sa femme, est prononcé. Il décède peu après sa libération, le 13 février 1875, dans sa maison de campagne, à la Celle saint Cloud, à l’âge de 52 ans.

Longtemps oublié, son travail est redécouvert en 1971, lors des commémorations du centenaire de la commune.

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Biographie famille Bracquehais d’Anceaumeville à Dieppe :

On retrouve ce patronyme orthographié de vingt cinq façons différentes.

Les premiers ancêtres d’Auguste Bruno, Nicolas Bracquehais et Marguerite Delahaye, se marient le 12 juillet 1672 à Anceaumeville, village où nait Nicolas le 20 janvier 1651. Ce village fait partie de la baronnie de Montville.En 1717, une visite pastorale est réalisée par Monseigneur Claude Maur d’Aubigné, qui dresse un état des lieux. On y constate qu’un enseignement pour les garçons et les filles y est octroyé dans le presbytère, sous l’égide du curé et d’une femme de la confrérie de la charité de Saint Gilles et Saint Martin.

De cette union nait Nicolas, le 25 mars 1683, à Anceaumeville. Celui-ci se marie à Rouen, à la paroisse Sainte Marie la Petite, avec Anne Leblond, un 10 février 1706. Par la suite, la famille part s’installer à Montville. Ce bourg de 600 habitants est situé à 3 ou 4 lieues au nord de Rouen, sur la petite rivière de Bapaume, où se fait la jonction des ruisseaux qui ont leurs sources au dessus des bourgs de Cailly et de Clères. Nicolas décède en ce village le 18 août 1733.

De ce couple nait Claude vers 1716. Il est mentionné originaire de Cordelleville à son mariage, à Montville, avec Marie Anne Luce Douillet, le 29 mai 1743. Celle-ci, mineure, n’est âgée que de dix sept ans. Cordeleville était autrefois une paroisse possédant une église et un cimetière, encore existants de nos jours. Celle-ci fut réuni à Clères en 1823. En 1794, Claude est cultivateur.

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De cette union nait André le 22 septembre 1751 à Montville. Le 7 juillet 1794 (19 messsidor an II), alors âgé de 42 ans, il se marie à Saint Hellier, avec Elizabeth Victoire Leporc, originaire de Rouen et âgée de 24 ans. Son beau-père, décédé à cette date, était fabricant de papier. Au cours de sa vie, André est cultivateur, marchand de bois et négociant. Ceux-ci s’installent à Saint Hellier, village de 300 habitants, située dans la vallée de la varenne, traversée par la rivière du même nom, en bordure de la forêt d’eawy. Puis, en 1826, on retrouve la famille à Dieppe où elle habite rue Béthancourt. Il décède à Dieppe, le 11 février 1837. Avant la révolution charbonnière, le seul moyen de chauffage était le bois. Le métier de marchand de bois était donc très important et rémunérateur.

Quelques mois après leur mariage nait André Narcisse, fils aîné du couple, le 21 mai 1795 (5 parairial an III), à Saint Hellier. Il se marie le 23 juin 1818, à Rouen, avec Virginie Adèle Bourel. Leur union sera de courte durée car André Narcisse décède à l’âge de 31 ans, le 5 décembre 1826, à Dieppe, au N° 73 grande rue. C’est son frère Louis qui est témoin. Comme son père, il est cultivateur et marchand de bois.

Et c’est de cette union que nait Auguste Bruno Bracquehais le 18 janvier 1823 à Dieppe.

Son frère aîné André Narcisse, né le 15 mai 1819, à Dieppe, se marie deux fois à l’étranger. Une première fois le 15 juin 1844, à Liverpool, dans le comté de Merseyside, avec Sarah Elizabeth Bowen. Celle ci est née le 10 février 1821, à Honfleur. Elle décède, deux ans plus tard, en 1846, à Dieppe.

Par la suite, André Narcisse se marie pour la seconde fois, le 26 février 1851, à Cartagène, en Espagne, avec Josefa Amalia Bienert Runggaldier, originaire de Malaga, en Andalousie, dont il aura cinq enfants. Les deux premiers naîtront à Cartagène ; quand aux trois derniers, ceux-ci naîtront à Palerme, en Italie.

André Narcisse décède à Cartagène, le 12 juillet 1886, âgé de 47 ans. Quand à son épouse, elle décède, au même lieu, le 29 février 1906, âgée de 86 ans.

F.Renout
(Administrateur cgpcsm)

Sources :
Laurent Gloasguen (notice 2014)
Recherches généalogiques personnelles (archives de Seine Maritime)


Documents joints

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