Le livre de raison de Louis Bonaventure Godard

vendredi 30 décembre 2022
par  Francis RENOUT
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Louis Bonaventure Godard était à la fin du XVIIIe siècle maître tonnelier à Dieppe. Son livre de raison a été conservé et nous livre aujourd’hui des petites chroniques de faits divers se déroulant à Dieppe et formant une vraie gazette.

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Un livre de raison est un registre de comptabilité comportant également des notions à caractère familial ou local. En général tenu par le chef de famille, cet ouvrage manuscrit constituait un aide mémoire qui est transmit aux héritiers, de génération en génération. Le contenu peut être varié. Il tient parfois du journal intime ou du journal de bord. On y trouve mention de tout ce qui peut avoir un intérêt aux yeux du rédacteur d’où les événements s’étant passé à Dieppe pour l’auteur de ce livre ; sinon, on y inscrit des événements familiaux, les catastrophes naturelles locales, des détails de maladies ayant frappé des membres de la famille, la gestion du patrimoine familial et même des généalogies. Ces livres sont nombreux entre le XVI ème et le XVII ème siècle. Le plus ancien remonte au XIV ème siècle. On retrouve ce terme de « livres de raisons » dans le dictionnaire d’Antoine Furetière, en 1690.

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Archives nationales : fichier des livres de raison

http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/chan/chan/AP-pdf/Livres-de-raison.pdf

Les livres de raison en France de Nicole Lemaître :

http://cultivoo.fr/documents/articles/livreraison.pdf

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Louis Bonaventure naît le 22 juillet 1750, à la paroisse Saint Rémy, à Dieppe et sera baptisé le lendemain à l’église du même lieu. Il est le fils de Robert Godard, tonnelier, et de Marie Madeleine Gaulette, originaire du quartier du Pollet, mariés à Neuville lès Dieppe, le 22 janvier 1748. Il sera orphelin à l’âge de six ans quand son père décèdera, âgé seulement de 37 ans, le 22 décembre 1756. Il habite alors rue d’Écosse.

Louis Bonaventure se marie le 19 février 1776, à la paroisse Saint Rémy, à Dieppe, avec Marie Marguerite Victoire Clémence, originaire du Pollet. A cette époque, ils sont domiciliés place du marché aux veaux.

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Voici quelques extraits de ces faits divers se déroulant entre 1780 et 1789, à Dieppe :

"Mademoiselle Morel et sa fille ont été assassinées la nuit du 17 au 18 avril 1780 par le nommé Joseph Peter dit Belle Amour, caporal au régiment de Lorraine qui a été rompue vif le 11 juin 1780 et a expiré sur la roue depuis midi jusqu’à neuf heures du soir et ensuite porté sur le mont de Caux où il a resté deux nuits et un jour exposé".

https://www.geneacaux.fr/spip/IMG/pdf/condamne-a-etre-rompu-vif_a585.pdf

"Il a tombé une maison à l’hôpital du Polet nouvelement batie où il y a eu une fille de tuée le 25 janvier 1783".

Cette fille qui n’est pas nommée pourrait-être Thérèse Godard, fille de Jacques, charpentier de marine, et de feue Marguerite Louise Briscat, âgée de 24 ans.

"La paix a été publiée à Dieppe le 3 janvier 1784 et les réjouissances ont été faites le 4, le tedeum (Te deum) a étez chanté à St Jacques, même jour que François Guichet fut écrasé d’une voiture sur le pont du Pollet vis à vis la croix et est mort le 7eme du même mois".

On trouve son acte d’inhumation à la date du neuf janvier. Jean François Guichet était matelot, âgé de 59 ans et époux de Marguerite Legros.

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"Le feu a pris à la manufacture du tabac la nuit du 29 au 30 mars 1784 qui na pas durée long tems par les secours quon iya aportée".

"On a fait enflée un ballon (c’est la période des premières montgolfières) à Dieppe dans les Minimes le 20 décembre 1785 à 4 heures après midi qui a assez bien réussi".

"Le 27 avril 1786 sur la route de la ville d’en sous un pont au bas de la cote de la ville a été trouvé un anglois assiné (assassiné) de plusieurs coup de lame triangulaire et plate".

"On a commencé à travailler sur la mer pour le pont neuf au mois de may 1786".

"Les fontaines ont été arrettée le 18 juillet (1786) jusquaux 27 mais il faut huit à dix jours pour les mettre tout en train".

"Le 4 7bre (septembre) 1786, il a passé un homme assez bien couvert, aiant (ayant) l’air embarassée, demandant la route à plusieurs personne dans Varangeville , il s’est réfugié le soir sous une loge à brique ou on la trouvée le lendemain mort, un pistolet à cotée de lui dont il sent étoit donné le coup dans la bouche, il avoit écrit un billet (disant) que lon inquiette personne sur sa mort, qui se létoit fait lui même, se disant de Paris, que ce n’étoit point les mauvaises affaires qui lavoit poussé à ce mauvais dessein".

On retrouve son acte d’inhumation en date du 4 septembre 1786, à Varengeville, suite à la permission du sieur Thomas Joseph Thoumire , avocat au parlement d’Arques la Bataille. Le prêtre décrit le cadavre d’un inconnu mort de mort violente sans autres précisions.

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"Le 8 8bre (octobre) 1787 le duc de Penthièvre a passé à Dieppe et a été salué de tout les canons et a reparti dans le moment".

"Le 26 8bre 1787 deux soldats du régiment de Navarre ayant affaire ensemble sur le bort du canal ont étéz noyés, on ne scait comment, on a trouvée des sabots et une montre, on dit que un ayant été blessés a étée pour se laver, le pied lui ayant manqué (il aurait glissé) a tombé dans l’eau et l’autre a étée pour le réchaper et ont étée noyée tout les deux, ont ne les trouvée au bout de trois semaines et l’autre au bout de quatre semaines".

"Il a fait un si grand froid en 1788 que la gelée a pri le 24 9bre (novembre) et a duré jusqu’au 13 janvier 1789.
Ce froid que l’on éprouve ici depuis le 24 9bre s’est porté dans des degrés plus grand et plus constant qu’en 76, le plus grand froid en 1776 fut observé aux mêmes thermomètre à 16 degré un cart ( -16), celui du 31 Xbre (décembre) 88 le surpasse de 2 degrée et demy (-18).
La gelée constante en 1776 fut de 24 jours (sans dépasser 0) depuis le 9 janvier jusquau 2 février, celui de cette année 1788 passe déjà de 26 jours, l’hiver de 1740 fut long mais le thermomètre ne descendit au plus bas qu’à 10 degrée et demy au dessous de la glace (-10) : quelle différence avec 18 degrée 3 quart ! L’hiver de 1709 qui fut si désastreux par les effets occasionés par les pluies et les grands froids qui succédèrent fut moins long, le thermomètre descendit au plus bas à 15 degrés au dessous de la congélation".

"Mr Locton a netoyer notre pendule au mois de may 1789 pour 3 livres ".

Louis Bonaventure Godard décrit aussi très sommairement l’émeute de l’été 1789 :

« Le 4 juillet est venu un soulevement pour le grain, sur les 6 heure apres midi on a batu la générale et on a fermée les boutiques. le trouble sourgmentant on a batu la générale les magasin ont ette pillée au nombre de 6 a 9 »

Louis Bonaventure est un homme ordinaire, témoin discret mais représentatif de son époque et de son milieu social. Son livre de raison est une source précieuse par la richesse de ses informations concernant la vie quotidienne de ses concitoyens et l’histoire locale de sa ville où il vécut sa vie durant.

Louis Bonaventure est décèdé le 19 juin 1819, à Dieppe, âgé de 68 ans.

Francis Renout
(Administrateur cgpcsm)
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Sources :
Journal et livre de raison de Bonaventure Godard, tonnelier à Dieppe (1789-1817).
Bnf, département des manuscrits, NAF 13003.
Archives de Seine Maritime
Frédéric Février Génialogie


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