Nicolas Bonhomme, un pionnier cauchois en Nouvelle France (1)

mercredi 15 avril 2020
par  Francis RENOUT
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Première partie

Les premières années de sa vie dans le Pays de Caux

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Nombreux sont les normands et donc les cauchois à partir s’installer sur des terres « inhabitées » pour les défricher. En 1636, le peuple est accablé d’impôts, suite aux dépenses de guerre de Louis XIII. La révolte des Va-nu-pieds éclate en 1639/1640, en Normandie. Cette révolte paysanne se concentre à Rouen et en basse Normandie. Au XVIIe siècle, les paysans vivent presque exclusivement des produits de la terre qu’ils cultivent. Ils ont une vie simple. Survient-il une mauvaise année, une calamité agricole, de la grêle, des inondations, et les récoltes sont compromises. Si les récoltes sont mauvaises, c’est d’abord une hausse des prix, puis, très rapidement, une disette. C’est pourquoi un nombre d’entre-eux choisirent de partir vers la Nouvelle France en espérant un avenir meilleur.

Sollicité par Jean Bonhomme, descendant canadien à la 11ième génération de Nicolas Bonhomme, de Sainte-Croix-de-Fécamp, pour faire des recherches généalogiques, j’en profite, avec l’autorisation de Jean, de vous résumer l’histoire de cette famille et des lieux qu’ils ont fréquentés pendant leur vie, suite aux informations mises en commun. Les recherches ne sont pas évidentes car il y a beaucoup de manque dans les archives avant 1650 !

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Ascendance de Jean Bonhomme :
https://gw.geneanet.org/jeanbonhomme?birth=on&color=&death=on&gen=on&lang=fr&m=A&marr=on&marr_date=on&n=bonhomme&nz=bonhomme&ocz=0&p=jean&pz=jean&repeat=on&sosab=10&t=Z&v=12

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A ) Fécamp, ville côtière au cœur du Pays de Caux :

Essayons d’imaginer cette ville de Fécamp à la fin du XVI ème siècle !

Développée autour d’une abbaye et d’une résidence du duc de Normandie, la ville de Fécamp s’étend sur environ 50 ha. A l’est, l’enclos abbatial, bien délimité par un mur de fortification, et entouré d’un large fossé, s’étend sur environ 3 ha. Cette ville est localisée à l’embouchure d’un petit fleuve du pays de Caux, la rivière de Valmont, dont la vallée est profondément encaissée dans le plateau calcaire environnant. A l’ouest, aucune maison d’habitation n’est construite sur le front de mer. Cette vallée est occupée par un vaste marécage qui mêle l’eau douce à l’eau salée. Dès le XVI ème siècle, une levée de terre sépare la zone marécageuse du port, réduit à un bassin et des jetées, matérialisant le chenal. Une barre formée par des alluvions à son débouché crée un abri sûr pour des escales maritimes, protégé des houles et des vents dominants, sous la forme d’un plan d’eau d’environ 400 m de largeur s’enfonçant jusqu’à 1 500 m à l’intérieur des terres à marée haute.

https://www.abbatialefecamp.fr/

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Le port est la propriété de l’abbaye qui doit l’entretenir, mais devant sa négligence, le roi fait passer l’administration du port sous l’autorité d’un vicomte. Entre l’abbaye et le port, l’habitat reste clairsemé. Les fécampois se répartissent en neuf paroisses principales dont la principale, Saint Etienne, regroupe surtout les gens de la mer. En 1694, Vauban souhaite faire de Fécamp un grand port. Bien que les travaux ne soient entrepris que plus tard, ses plans serviront de base aux améliorations qui, pour l’essentiel, verront le jour au XIX ème siècle.

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L’arrivée immédiate se faisait par des chemins pierreux, qui percés à flanc de coteau dans les bois, vous apportaient tout à coup au détour du sentier, une merveilleuse perspective sur l’abbatiale « La Trinité », avec sa tour lanterne harmonieuse et sa longue nef sous chape de plomb ; les gravures anciennes sur Fécamp en témoignent. Aussi jusqu’à cette époque, tous les rez-de-chaussée ou au moins tous les soubassements des constructions, étaient faits de pierres taillées apparentes. Ce matériau, extrait sur place, était plus coûteux mais il servait autant à la solidité qu’à assainir les bases contre l’humidité . Les étages étaient faits soit de colombage et de torchis, soit encore de briques de fabrication très locale.

C’était la fin des guerres de religion qui duraient depuis l’année 1561. En 1591, Henri IV et le maréchal de Biron s’emparèrent de Fécamp ; mais Henri Charles de Goustimesnil de Bois Rozé, ligueur, reprit la ville et le fort Baudouin, en escaladant la falaise à pic avec 50 hommes. Les campagnes appauvries, se sortirent néanmoins peu à peu de la misère, grâce à ce Roi, qui ayant participé à leur dévastation, voulut se le faire pardonner en promettant aux paysans la poule au pot chaque dimanche.

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La pêche à la morue était une activité ancienne, connue depuis la fin du XV ème siècle. Chaque année les hommes s’embarquaient pour huit à neuf mois. En 1561, un armateur morutier est connu pour un procès qui l’oppose à l’abbaye.

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B ) Les premiers ancêtres connus de la famille Bonhomme :

Le personnage principal de l’histoire de cette famille Bonhomme est Nicolas. Il est né vers 1603, à Fécamp, paroisse Sainte Croix et fils de de Nicolas et de Marie Guyon. Etait-il laboureur ? Le peu d’ informations que l’on a est contenu dans son « contrat de mariage », établi le 2 septembre 1640 à Trois Rivières, en Nouvelle France, devant Martial Piraubé. (acte difficilement lisible). Son acte de mariage n’existe plus au Québec. Ce contrat, très important pour situer l’origine des époux, est la seule source le reliant à la France.

D’ailleurs le nom Guyon est illisible dans ce contrat de mariage : en fait seul la lettre « G » peut être lue clairement. Lors d’une retranscription partielle des conventions de mariage en 1732, le patronyme Guyon est écrit sans aucune ambiguité.

Les parents, Nicolas Bonhomme et Marie Guyon durent se marier juste après les guerres de religions qui ont ravagé la France pendant 36 ans. C’est à Nantes, en avril 1598, qu’Henri IV signe le fameux édit qui met un terme aux guerres de religion. Il instaure la coexistence religieuse entre catholiques et protestants.

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Au début du XVII ème siècle, à Fécamp, habite une famille Bonhomme qui aura 6 enfants entre les années 1603 et 1616, sur les paroisses Saint Fromond et Saint Thomas . Sur les actes de baptême des registres catholiques, est simplement mentionné le prénom du père, Nicolas. Quant aux enfants, on note les prénoms suivants : Marie ° 1603, Jean ° 1605, Michel ° 1610, Anne ° 1612, Adam ° 1615 et Charlotte ° 1616. Ceux-ci sont catholiques.

Par contre, on ne trouve pas de naissance de Nicolas ! On peut penser que notre Nicolas Bonhomme, émigré en Nouvelle France, est bien le fils de Nicolas, marié vers 1602 ! En règle général, le fils aîné prenait le prénom du père autrefois. Mais bien sur, un doute subsiste ! Ce que l’on sait, c’est que les registres paroissiaux de cette époque ne sont pas toujours complets ou difficile à lire.

Quant aux parents, Nicolas et Marie Guyon, on ne trouve aucun acte les concernant. On sait juste que Nicolas père est décédé avant 1640.

A propos du patronyme Guyon de la mère de Nicolas, celui-ci est présent en Seine Maritime, à Fécamp, Caudebec en Caux et au Havre. Par contre, il est peu présent en général dans ce département normand. D’autre part, en essayant d’analyser ce nom, en recherchant des patronymes qui se rapproche phonétiquement de Guyon, on trouve des familles Gion (entre 1589 et 1618), Guion (entre 1584 et 1642), Gyon (entre 1569 et 1645). Concernant par exemple, le couple Jean Guyon et Elizabeth Champagne mariés en 1645 au Havre, les deux enfants qui naissent sont mentionnés Gion. Comme quoi, il est important de se mettre à la place du prêtre, et de se demander de quelle façon, il a pu entendre et écrire ce nom de famille !

On retrouve deux bans de mariage, aux paroisses de Saint Léger et de Sainte Croix de Fécamp, datés du 24 novembre 1670, concernant le mariage d’un Jean Bonhomme, veuf et âgé de 60 ans, donc né vers 1600, avec Marie Hardouin, âgée de 26 ans. Les parents mentionnés sont Nicolas Bonhomme et Marie Malegin. Le 19 novembre 1669, décède Guillemette, sa première épouse, âgée de 67 ans. Le 29 décembre 1648, décèdent de contagion, deux enfants de Jean Bonhomme, à Fécamp Sainte Croix.

Jean est-il le frère de Nicolas ou plutôt un demi-frère ? Les années de naissances correspondent, le père aussi, sauf la mère qui ne porte pas le même nom ! Peut-être un second mariage du père ?

On trouve peu d’informations, mais beaucoup d’interrogations concernant l’origine de ces familles Bonhomme et Guyon, sur le bourg de Fécamp, au début du XVII ème siècle.

Les dix paroisses de Fécamp :

http://www.duboysfresney.fr/index.php?page=docu003A

A la même époque, nait à Fécamp Jacques Hertel de la Fresnières. Il est le fils de Nicolas Hertel et de Jeanne Miriot. On trouve un mariage, datée du 6 novembre 1596, entre un Nicolas et une Jenne Mérieult, à Epreville ! Il existe une similitude sur les noms ! A Epreville, on retrouve cette famille Hertel depuis 1569. Il arrive en Nouvelle France comme soldat en 1626 et s’établit à Trois rivières, bien qu’il n’y ait aucunes preuves écrites. la Compagnie des Cent-Associés lui accorda, par un titre daté de Paris le 16 décembre 1633, une étendue de terre de 200 arpents à Trois-Rivières ; il en fut avec Jean Godefroy de Lintot le premier habitant, dès avant la fondation officielle de ce poste. Hertel servit d’interprète aux Jésuites auprès des Indiens

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Il se marie en ce lieu, en 1641, avec Marie Marguerie dont il aura trois enfants. Le plus connu est Joseph François, officier, interprète, commandant, seigneur, baptisé à Trois-Rivières le 3 juillet 1642 . En 1633, on lui concède la seigneurie de Hertel à Trois-Rivières . Le 5 avril 1644, on lui concède un arrière-fief dans la seigneurie du Cap-de-la-Madeleine et en 1647, on lui concède la seigneurie de Cournoyer. Son fils François est célèbre ! Jacques décède à Trois-Rivières le 10 août 1651.

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Ces deux familles Bonhomme et Hertel se connaissaient-elles lorsqu’ils habitaient dans leur bourg d’origine à Fécamp ? Ce que l’on sait, c’est qu’ils ne sont pas partis en Nouvelle France au cours des mêmes années. Dix ans au moins les séparent.

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C ) D’où provient ce nom de famille Bonhomme ?

Si on se réfère à la définition de bonhomme : « Homme du peuple ou de la campagne, en particulier paysan (du point de vue de la condition sociale). ». Ce mot est attesté vers 1175 au sens d’homme bon, puis de manant, paysan.

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Un « Jacques Bonhomme » :

L’origine de ce nom date de la Guerre de Cent ans . Dans le dernier quart du XIVe siècle, le chroniqueur Jean de Froissart utilise le terme « Jakebonhommes »

Ce nom est inspiré par le sobriquet de “Jacques”, que l’on affuble aux paysans français du moyen âge, souvent vêtus d’une jacque, un court manteau dont le mot britannique jacket est un lointain cousin. De fil en aiguille, c’est l’ensemble des paysans qui sera nommé ainsi par la noblesse pour les tourner en ridicule. La noblesse y accole ensuite le nom de “Bonhomme”, qui désigne alors, selon le dictionnaire Littré, “un homme simple qui se laisse facilement dominer et tromper”. Les nobles tentent ainsi d’affubler le capitaine des révoltés d’une image d’idiot des campagnes.

C’est en référence à ce sobriquet que les révoltes paysannes à venir seront nommées les Jacqueries.

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Jacques Bonhomme1 est le nom attribué par Jean Froissart à Guillaume Caillet ou Callet. On trouve aussi Guillaume Carle, Cale ou Karle.

Guillaume est vraisemblablement né dans le village de Mello dans le Beauvaisis. Son nom est attesté par les lettres de rémissions produites par l’autorité royale à l’issue de la révolte. Les chroniques et cartulaires de l’époque le décrivent comme un homme d’un certain charisme, « un homme bien sachant et bien parlant, de belle figure et forme ».
En mai 1358, les paysans révoltés, les Jacques, le prirent pour chef et le nommèrent « roi » ou « capitaine souverain du plat pays » ; il refusa tout d’abord le commandement mais, menacé de mort, s’inclina. Il était accompagné d’un membre de l’ordre des Hospitaliers et d’un certain Jacques Bernier de Montataire.

http://www.encyclopedie-anarchiste.org/articles/b/bonhomme.html

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La grande Jacquerie :

C’est sans compter sur la grande résistance des gens d’en bas. Les émissaires royaux peinent à lever l’impôt, et des révoltes paysannes éclatent régulièrement.
En 1357, la misère et la souffrance du peuple des campagnes atteignent leur paroxysme. La famine sévit avec une rigueur épouvantable et étend ses ravages sur tout le pays. Les paysans sont réduits, pour ne pas mourir de faim, à se nourrir des herbes des champs, pendant que les Anglais s’avancent en vainqueurs, à travers la France. Nous sommes en plein cœur de la guerre de Cent Ans. Pour financer sa guerre, le roi Jean II Le Bon (1350-1364), rançonne impitoyablement les populations.
Mais celui-ci est fait prisonnier par les Anglais, ce qui affaiblit le pouvoir royal. Résultat : les paysans se soulèvent (encore) contre leurs percepteurs. Armés de faux et de piques, il se ruent en masse sur leurs bourreaux. C’est une effroyable boucherie de nobles.

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Le Surnom Bonhomme :

On trouve une famille Osmont di bonhomme sur la commune de Criquetot l’Esneval, en Seine Maritime. Josué est écuyer, seigneur de Boishimont, pasteur à Criquetot l’Esneval, époux d’Elizabeth le Hardi dont il aura deux fils du même nom et surnom, entre 1657 et 1658.
On trouve aussi une famille Prestaux dit bonhomme, à Melleville, en Seine Maritime. Jean Prestaux est marchand de chevaux, a épousé en 1731, Anne Picard dit matelot, dont il aura plusieurs enfants au même surnom.
Sur un contrat de transaction du seigneur de Saint Priest avec les habitants de Saint Etienne de Furan du 7 mars 1493, on nomme un certain Jean Bo-brun dit Bonhomme.

Sur une donation mentionnée aux archives du Doubs en 1248, on nomme un Herbert de Baptond dit Bonhomme.
L’ain, sur sa partie ouest est un pays de plaines et de cultures. Dans ce département, beaucoup de familles portent ce surnom bonhomme du XVII et XIX ème siècle : Chétien, Benoit, Sadart, Bon, Tenond, Savarin, Aguillon, Humbert, etc. Pourquoi une telle concentration de ce surnom en ce lieu ?
On trouve un Jean Ambroise Laine, né en 1800, à la Lande Saint Siméon dans l’Orne, teinturier, fils de laboureur, surnommé « le petit bonhomme »
A saint Mâlo, vers 1700, un maître cordonnier, Robert Lesrel, est dit « bonhomme vergée ».
Et comme dernier exemple et pas des moindre, lors d’un soûper chez Molière, la Fontaine fut accablé de railleries. Ses amis l’appelaient « le bonhomme » (œuvres de Jean Racine en 1838)

Au Québec, le croquemitaine se nomme le Bonhomme Sept-Heures : il viendrait le soir, vers sept heures, lorsque les enfants ne sont pas encore couchés. L’expression vient du rebouteux. Autrefois, dans les villages passait le bone setter, celui qui arrange les os. Bien sûr il venait le soir, car dans la journée sa clientèle était dans les champs. Lorsqu’il accomplissait son office, des cris étaient poussés dans les chaumières. On disait aux enfants : « Dépêche toi d’aller te coucher, sinon le bone setter va venir te chercher ». Le bone setter est ainsi devenu le Bonhomme Sept-Heures, par déformation enfantine.

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La chanson « Bonhomme, bonhomme sais tu jouer ? » était déjà connu en Nouvelle France. En fait, le mot bonhomme est surtout connu au Québec comme la représentation officielle du carnaval de Québec depuis 1955. Son bonnet rouge et sa ceinture fléchée est notoire partout au Canada.

F,Renout
(Administrateur cgpcsm)
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Sources :
1) Bertrand Fleury (Généalogie pour tous)
2) Michel Lincourt
3) André Lachance (La traversée de l’Atlantique aux XVIIe et XVIIIe siècles)
4) Raymond Douville (Dictionnaire biographique du Canada-famille Hertel de la fresnières)
5) Jean Bonhomme. (descendant de la famille et correspondant)
6) Yves Duboy Fresnay (Fécamp)
7) Patrimoine normand (Thury Harcourt)
8) Michel Fournier (coordonnateur du fichier origine)
9) Cercle Généalogique de l’Aunis (Josy)


Documents joints

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