Henri Charles de Goustimesnil

mardi 16 juillet 2019
par  Francis RENOUT
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Henri Charles de Goustimesnil, gentilhomme cauchois, est né au XVI ème siècle vers 1561, à Bénarville. Il est le fils de Mathieu, Escuyer, Seigneur des Marets et de Bois-Rozé et de Jacqueline Martel de Basqueville.

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Au cours de sa vie, il fut Seigneur de Bois-Rozé ou Bois-Rosé (1594-1608), Gouverneur de Fécamp, Commissaire ordinaire de l’artillerie, Gentilhomme ordinaire du roi et Lieutenant du Grand Maître de l’artillerie en Normandie (1599).

C’est l’histoire de son acte héroïque, concernant la prise du fort Notre Dame du Bourg Baudoin de Fécamp, qui m’interpella.

Etait-il marié ? Toujours est-il qu’il eût une relation avec Anthoinette Heuze. Il n’eut pas de postérité. Quand à Anthoinette, celle-ci avait un fils naturel : Constantin..

Très tôt, il fut attaché au service de Villars, gouverneur du Havre et fervent ligueur. La ligue est le nom donné pendant les guerres de Religion à un parti de catholiques qui s’est donné pour but la défense de la religion catholique contre le protestantisme. Son succès est tel qu’elle devient un danger pour la monarchie. En 1588, elle parvient à chasser le roi Henri III de la capitale. La Ligue décline petit à petit devant les victoires du roi Henri IV.

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Il arme un navire et fait la chasse aux bâtiments royalistes ; un arrêt de la Cour du 19 février 1591 parle de trois navires pillards de Saint Valery-en-Caux, montés par « ung nommé Bosrosé, Mathieu Breton et son frère », qui avaient capturé une cargaison de pelleterie chargée à Dieppe pour Caen, par un marchand flamand, Jehan de Bavaye. Il est condamné à payer 1000 écus.

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Le fort Sainte Catherine à Rouen :

Charles Henri avec les rouennais de la ligue catholique participa en 1591 à la défense de Rouen contre Henri IV, protestant. Il fut blessé devant le fort Sainte Catherine en tentant de sauver un de ses sergents lequel pourtant fut blessé et décéda.

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Le 27 février 1592, le capitaine de Boisrozé avec sa compagnie de gens de pieds, tira droit à l’artillerie de l’ennemi plantée au front du vieux fort et fit si bien qu’après avoir renversé gabions et barricades, chassé ceux qui étaient en garde et laissé grand nombre de morts sur le lieu, puis alla donner autre part. Laquelle exécution donna moyen aux autres qui le suivaient de faire grand meurtre des ennemis, et de prendre trois grosses pièces de canon et les amener (aidés de quelques gens de travail) avec cordes et à force de bras jusque sur le bord du fossé du vieux fort..
Villars le nomma gouverneur du fort de Sainte-Catherine. Il fut blessé lors d’une escarmouche contre les troupes menées par Sully.

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La maison forte de Bois Rozé

Au milieu du XVIe siècle, le domaine appartient à Pierre Martel, sieur de Boscrosay. Le 27 janvier 1578, Henri Charles fait l’acquisition de la forteresse de Bois Rozé située à Bénarville.

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C’est une maison forte construite en brique et calcaire de plan rectangulaire à deux tourelles d’angle, remarquable par les dispositions défensives de son étage, invisibles de l’extérieur (sas d’entrée et salles de garde à canonnières), et accessible uniquement par une passerelle extérieure. La partie supérieure, ravagée par un incendie, a été en partie arasée (toiture moderne). Selon la tradition, cette maison forte fut construite (ou modifiée) par Charles de Goustimesnil.

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Le fort Notre Dame de Bourg Baudouin de Fécamp :

Le maréchal de Biron s’étant rendu maître de la ville de Fécamp, occupait le fort, construit sur la falaise, au nord du port.

Henri Charles de Goustimesnil se distingua dans une action héroïque, le 10 novembre 1592, en ayant le projet de reprendre le fort.

Pour arriver à ses fins, il fit en sorte que deux de ses soldats fussent reçus dans la garnison que les royalistes établirent dans Fécamp ; puis, ayant prit le temps d’une nuit noire, il vint avec cinquante soldats déterminés et choisis exprès parmi les matelots, aborder avec deux chaloupes au pied d’un rocher haut de six cents pieds, coupé en précipice, et qu’il fallait escalader pour arriver jusqu’au fort contre lequel il voulait tenter son audacieux coup de main.

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Il s’était muni pour ce dessein d’un gros câble, égal en longueur à la hauteur de la falaise, et y avait fait, de distance en distance, des nœuds dans lesquels étaient passés de courts bâtons, afin de pouvoir s’appuyer des mains et des pieds. L’un des deux soldats dont on vient de parler, qui se tenait en faction sur les bords de la falaise, attendant le signal depuis six mois, ne l’eut pas plus tôt reçu, qu’il jeta, du haut du précipice, un cordeau auquel ceux d’en bas lièrent le gros câble, qui fut guindé en haut par ce moyen, et attaché à l’entre-deux d’une embrasure avec un fort levier passé par une agrafe de fer.

Henri Charles de Goutimesnil fit prendre les devants à deux sergents dont il connaissait la résolution, et ordonna aux autres soldats de s’attacher de même à cette espèce d’échelle, leurs armes liées autour du corps, et de suivre à la file, se mettant lui-même le dernier de tous, pour ôter à ses hommes tout espoir de retour.
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Ils étaient à moitié de leur périlleuse ascension, lorsque le sergent qui tenait la tête, effrayé de se voir ainsi suspendu entre le ciel et l’abîme, dit à ceux qui le suivaient qu’il ne pouvait plus monter, et que le cœur lui défaillait ; le capitaine Goustimsesnil, redoublant alors d’énergie, crie au sergent de se tenir ferme, et, voyant qu’il n’est point écouté, il prend son parti sans hésiter, passe par dessus le corps des cinquante hommes qui le précèdent, arrive jusqu’au premier, et l’oblige, en lui tenant le poignard dans les reins, de continuer de monter.
Enfin, après toute la peine et le travail exigé par une pareille tentative, la troupe se trouva au haut de la falaise avant la pointe du jour, et fut introduite par les deux soldats dans le château, où elle massacra les sentinelles.

Le sommeil livra presque toute la garnison à la merci des cinquante ligueurs, qui firent main basse sur tout ce qui résista, et s’emparèrent du fort.

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Ce fut seulement après l’abjuration du Roi Henri IV que Charles Henri se rallia à la cause royaliste et que, pendant la trêve générale conclue au mois d’aout suivant, il alla faire sa soumission dans Saint Denis. Celui-ci s’étant rallié, à la cause de Henri IV, devient gouverneur de Fécamp et lieutenant-général de l’artillerie en Normandie.

En juillet 1596, il devient gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi par lettre patente du roi.

Le trésor royal lui devait, en outre, deux sommes importantes, l’une de 8 000 écus, l’autre de 18 000 écus. La première avait pour cause la fourniture de vivres et de munitions par lui faites lors du siège de Fécamp (fort Notre-Dame) ; pour assurer le recouvrement, les prévotés d’Etretat, du Parc d’Anxtot et de Mélamare, et divers bois furent engagés à Henri Charles de Goustimesnil, seigneur de Bois rosé, gentilhomme ordinaire de la chambre et lieutenant de l’artillerie en Normandie.

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Il décède le 23 décembre 1607, à Bénarville. Il mourut dans des circonstances étranges. Il fut assassiné par les hommes de main d’un homme avec qui il devait se battre en duel.
Il mourut entre le 8 août 1606, date du dernier document le concernant et le 10 février 1609, date du premier arrêt rendu par le parlement de Rouen à propos de sa succession.

Cette famille fut maintenu dans la noblesse le 31 décembre 1667, par les petits enfants de Tristan de Goutimesnil, frère de Charles Henri, Michel et Charles. (nobiliaire de Normandie-E.de Magny)

Les pillages, meurtres, brigandages se poursuivirent pendant de nombreuses années ; la plupart des animaux ayant péri, c’étaient les hommes qui tiraient les charrues ; les récoltes étaient insuffisantes ; il fallut attendre l’Edit de Nantes proclamant la liberté de conscience en 1598 pour retrouver une vie meilleure dans le Pays. Les deux religions pouvaient cohabiter. Mais cela ne dura qu’un temps ! Sous Louis XIV les troubles reprirent.

F.Renout
(Administrateur cgpcsm)

Source :
Amédé Hellot, notaire, (Fécamp au temps de la Ligue, la légende de Boisrosé)
Sa vie et ses exploits à Rouen et à Fécamp, J. Guérou, 1897
Les Mémoires de Sully
Philippe Seydoux : châteaux du pays de Caux et du pays de Bray, Bois Rozé
La Gallissonière


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