Ernest CANTRELLE : un héros Valéricais

dimanche 10 décembre 2017
par  Francis RENOUT
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Beaucoup de Valericais connaissent le nom d’Ernest Cantrelle pour avoir vu son portrait sur deux canots de sauvetage de la S.N.S.M dans l’avant-port de la ville de 1967 à 1997. Ils ignorent qu’il fût un pur valericais et un héros du sauvetage maritime.

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Ernest Cantrelle est né à Saint-Valery-en-Caux le 8 mars 1854. Il est le fils de Nicolas Isidore Cantrelle, marin, guetteur de jetée, et de Rose Aimée Anquetil, couturière, mariés le 21 novembre 1851 au même lieu et domiciliés rue basset à Saint Valéry en Caux.

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C’est son grand-père, Nicolas Isidore qui fut témoin de sa naissance. Celui-ci, marié le 25 janvier 1827 en cette commune à Rosalie Eléonore Barabé, fille d’un maréchal ferrant, était brigadier des douanes entre 1851 et 1870.

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La famille Cantrelle est valéricaise depuis au moins l’année 1798, date à laquelle se maria le 1 avril, Jean François Cantrelle, l’aïeul, à Marie Françoise Paumier, fileuse, native du Pays de Caux.

Jean François est venu s’installer dans notre région à cause de son travail. Il était préposé aux douanes en 1798. Sa région natale est la Picardie où il est né le 14 juin 1767 à Dompierre sur Authie, fils de Jean Baptiste et de Marie Anne Courcole.

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Un indice me laisse à penser que ses ancêtres étaient employés dans les fermes du Roi, d’où par la suite, employés des douanes.

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Pour en revenir à Ernest, celui-ci se maria le 9 octobre 1882, à Saint Valéry en Caux, avec Louise Aimée Lemarchand, couturière, également fille de marin.

Ernest a fait la grande pêche d’Islande comme mousse, puis comme matelot, depuis l’âge de 12 ans jusqu’à 27 ans, avec une interruption de quatre années de service militaire dans la Flotte.

Ernest Cantrelle fût dans sa jeunesse un fameux nageur et un sauveteur d’un courage extraordinaire, tant à titre personnel que comme matelot, puis patron du canot de sauvetage de Saint-Valery. À titre personnel, il accomplit de nombreux sauvetages individuels très audacieux. Étant constamment en observation sur la jetée Est, il en était le guetteur et le gardien du phare, fonctions modestes et peu rémunérées mais difficiles, que son père avait remplies immédiatement avant lui.

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Biographie :
Le 1er mars 1883, il plonge du haut de la jetée dans deux mètres d’eau seulement de profondeur pour sauver un enfant tombé d’une barque.

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Le 2 janvier 1884, toujours sur la jetée, un ouvrier travaillant sur un chantier tombe à la mer et Ernest se précipite pour plonger dans l’eau glaciale ; saisi par le froid, on craint qu’il ne se noie avec celui qu’il veut sauver mais, par son courage, il ramène l’homme sain et sauf.

Le 28 juillet 1888, le canot « Sancta Maria » se perd devant les jetées par grosse mer. Impossible de sortir le canot de sauvetage car l’avant-porte et le chenal sont à sec. Cinq hommes du canot sont déjà perdus, mais il reste le pilote Noël qui se cramponne encore à son aviron. Quelques nageurs intrépides se jettent des jetées mais seul Ernest réussit à franchir la passe. Il parvient difficilement à rejoindre le survivant qu’il encourage et maintient sur l’eau en poussant vers le rivage l’aviron avec son rescapé. Cependant, ses forces sont à bout et le voyant faiblir, le canot du casino monté par Pierre Barbay et Philippe Neveu est mis à l’eau et les rejoint pour les ramener au rivage.

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Le 6 décembre 1888, malgré un froid très rigoureux, Ernest se jette à l’eau dans la cale de Radoub pour sauver un enfant de douze ans tombé accidentellement.

Le 19 décembre 1891,vers cinq heures du soir, le loop « Saint-Firmin » avait chaviré à 500 mètres des jetées avec ses cinq hommes à bord, ballotés par une forte houle dans l’obscurité presque totale. Ernest, n’écoutant que son courage, avec un doris et deux matelots, accompagné par son beau-père Lemarchand, pilote du port monté sur un autre canot, ramène à terre les cinq hommes d’équipage du Saint-Firmin.

Le 28 août 1905, Ernest Cantrelle se signale à nouveau sur la plage en secourant un baigneur imprudent en grand danger de se noyer.

De tels dévouements n’étaient pas suffisants pour remplir la vie courageuse de Cantrelle qui fût membre, puis patron du canot de sauvetage de Saint-Valery de 1881 à 1913. Etant précisé qu’il en fût le patron de 1886 à 1913, pendant 28 ans.

Du récit des sorties opérées par le canot de sauvetage, il résulte les sauvetages ci-après :

9 août 1881 : secours au bateau de pêche « dieu protège l’orphelin » d’Yport, trois personnes sauvées.

13 avril 1887 : c’est le jour du fameux naufrage du steamer anglais « Victoria » parti de Newhaven le 12 avril à 11h15 avec ses 94 passagers. Il manque son entrée à Dieppe du fait de la brume et vers 4h30 du matin il talonne sur les rochers de l’Ailly et commence à couler de l’avant. Au cours du sauvetage, par les moyens du bord, deux canots mis à la mer avec 37 passagers sont entraînés par le courant et dérivent vers l’ouest. Vers 8 h du matin, ils sont aperçus devant Saint Valéry semblant vouloir se diriger vers le port,ce qui paraissait impossible vu la violence de la tempête.

Voir mon article au sujet du "Victoria" :

http://www.geneacaux.net/spip/spip.php?article224

On décida donc la mise à l’eau du canot de sauvetage mais la mer était basse et il fallut ouvrir les portes de chasse pour permettre au canot de gagner la sortie du port. L’opération décidée par Cantrelle était évidemment très audacieuse car le chenal est très étroit et à la force des chasses donnait une grande vitesse au canot qui talonna plusieurs fois et subit de sérieuses égratignures. Une fois au large, le canot réussit à prendre en remorque les deux barques en péril, mais du fait de la violence de la tempête avec la persistance des vents contraires, Cantrelle résolut de faire voile vers Fécamp qui envoya un remorqueur, lequel prit en charge le convoi des trois bateaux à la hauteur des Petites Dalles.

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Vous retrouverez des patronymes habituels à Saint Valéry en Caux, si je vous indique que les matelots à bord du canot de sauvetage ce jour là ,étaient les suivants :
Quesnel sous-patron, Lefevre,Prieux, Cousin, Neveu, Barbay, Levillain, Bois, Guerguenou, Vallin, Burel et Douville.

11 juillet 1888 : secours au bateau de pêche d’Yport "Tout secours vient du ciel" pris dans un violent ouragan avec quatre personnes sauvées.

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10 novembre 1906 : secours au doris "Roussette" une forte tempête faisait rage et on savait que deux jeunes marins de 19 ans, Cantrelle fils et Grenet avaient quitté le port et n’étaient pas rentrés. On mit le canot de sauvetage à la mer mais la neige aveuglait les rameurs. Le patron Cantrelle, debout, tenait la barre mais il n’espérait pas sauver son fils, marin comme lui. On peut douter de son angoisse puis de sa douleur puisque les sauveteurs devaient finalement trouver le doris désemparé, son équipage ayant disparu dans les flots.

11 juillet 1911 : secours au yatch " Financia"

15 janvier 1912 : secours au canot " Marguerite"

Ernest Cantrelle vécut dans sa maison rue de la Poissonnerie à Saint Valéry en Caux où il était retraité de la marine jusqu’en juin 1940, date à laquelle la maison fut complètement sinistrée. Il s’installa alors à Fécamp chez ses enfants où il décéda en avril 1944, âgé de 90 ans.

Suivant l’article du journal de Fécamp du 22 avril 1944 : " Cantrelle était un homme brave et brave homme entre tous ". Il fut inhumé dans l’ancien cimetière de Saint Valéry en Caux (près du monument aux morts).

Parmi les dix médailles qu’il reçut, on remarque celle offerte par le gouvernement britannique à l’occasion du sauvetage des passagers du steamer anglais "le Victoria" en 1887 et la croix de chevalier de la légion d’honneur obtenue par décret du 5 avril 1901 qui lui fut remise par Louis Savoye, en présence de l’amiral Antoine, commandant la marine du Havre.

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Au passage, on peut aussi mentionner, Louis Cantrelle, né le 31 octobre 1866 à Saint Valéry en Caux, cousin germain d’Ernest. Celui-ci était capitaine au long cours, 2 ème Lieutenant. Il décéda jeune à l’âge de 25 ans, le 25 juin 1892, à Buenos aires en Argentine, comme décrit sur l’acte de transcription suivant :

« Extrait du registre des actes de l’état civil tenue en la chancellerie de la légation de France à Buenos Aires, capitale de l’Argentine : le 27 juin 1892 à 14 h, acte de décès de Louis Cantrelle, deuxième lieutenant à bord du steamer "Parahyba"de la compagnie des chargeurs réunis domiciliée au Havre ,décédé avant hier à 19 h à bord du "Parahyba" en rade à Buenos Aires. »

« Déclaration effectuée par Augustin Louis Victor CHANCEREL, capitaine au long cours, agent général de la dite compagnie des chargeurs réunis, 40 ans et Vinant SUSINI, employé, 30 ans, domiciliés tous deux à Buenos Aires. Constaté par nous, Ministre de France à Buenos Aires, faisant fonction d’officier d’état civil, signé : ROUVIER. Pour extrait conforme le 19 juillet 1892 à Buenos Aires, le vice consul chargé de la chancellerie, signé : G.DE LA BORDERE »

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Il repose dans le cimetière de Saint Valéry en Caux sous un tombeau de verre.

F.Renout
Sources diverses :
Recherches généalogiques personnelles de la famille Cantrelle
Atlas de 1823 des rues de saint valéry en caux, photos des canots de sauvetage obtenus par l’association Regards Cauchois dont je remercie Pierre Barbarin


Documents joints

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