Pierre Philippe Edouard MEURILLON - Un Cauchois en Australie

jeudi 8 février 2018
par  Francis RENOUT
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Dernièrement, en octobre 2017, le journal « Courrier Cauchois » annonçait le séjour de Margareth Watson à Yvetot. Domiciliée et originaire d’Australie, Margareth est venu fouler la terre de ses ancêtres dans le Pays de Caux, avec le peu de renseignements qu’elle avait en sa possession.

Son ancêtre émigra de notre région, via la Tasmanie, puis l’Australie certainement en embarquant comme passager ou en faisant partie de l’équipage d’un navire en partance du port du Havre en 1840.

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Margareth a fait connaissance sur place, à Yvetot, de quelques personnes à qui elle raconta l’aventure de son ancêtre. Celles-ci, avec l’aide d’un traducteur d’anglais, entreprirent avec elle quelques démarches afin de l’aider dans ses recherches généalogiques. (Margareth ne parle pas le français). Elle put repartir dans son pays avec quelques informations tout en laissant son adresse mail avec l’espoir que quelqu’un pourrait entreprendre ce travail. Après l’avoir contacté, j’ai entrepris de faire ces recherches afin de l’aider à retrouver ses ancêtres français.

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Partons en voyage à des milliers de kilomètres avec son ancêtre :

Pierre Philippe Edouard Meurillon est né à Yvetot, rue des bouchers, le 18 septembre 1818. Il est le fils de Pascal Philippe César et de Marie Catherine Queval, mariés le 22 septembre 1817 dans la même commune. Cette famille Queval habitait cette rue des bouchers et ils étaient bouchers de profession depuis au moins l’année 1793.

Pendant sa courte vie en France, puisqu’il embarqua à l’âge de 22 ans, Pierre Philippe Edouard, connu par la suite sous le prénom d’Edward, perpétua le métier de son père. Ceux-ci étaient perruquiers de père en fils depuis au moins l’année 1761, date à laquelle Pierre Philippe, son arrière grand-père, exerçait cette profession. Ce dernier s’est marié à Yvetot le 25 novembre 1754 avec Marie Anne Louise Gladain. Il était originaire du diocèse d’Arras.

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Cette famille aimait « voyager », du moins pour trois d’entre eux ! Pourquoi Pierre Philippe, l’arrière grand-père est-il venu en Normandie dans le Pays de Caux ? Ses parents étaient décédés depuis 11 ans. Cherchait-il un avenir meilleur ? Il avait à peu près trente ans en 1754.

Son fils, Nicolas Joachim, né en 1756, grand-oncle de Pierre Philippe Edouard, se maria à Rennes en Ile et Vilaine, le 18 juillet 1785, à l’âge de 29 ans. Il y créa une famille en 1785 et y décéda en 1816.

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Depuis la révolution Française, le métier de perruquier ne connaissait plus le faste du XVIII ème siècle.
La nouvelle société adopte un style plus sobre et se tourne vers la simplicité. Les changements philosophiques, la forme de pensée de la société changent la coiffure. Les perruques cessent de s’employer et le cheveu s’emploie au naturel. Je pense que Philippe Edouard du se résoudre à s’orienter vers un autre métier.

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Celui-ci, résidant au Havre au moment de son départ en 1840, dû s’embarquer sur un des nombreux navires qui côtoyait le port à cette époque. Est-il parti en tant que voyageur ou marin ? Cherchait-il l’aventure ? Rien ne peut nous le confirmer pour le moment. Les archives de Tasmanie n’ont aucune trace de son arrivée sur leur territoire et ont suggéré qu’il faisait partie de l’équipage d’un navire qu’il aurait déserté. Toujours est-il qu’il arriva à Hobart en 1840.

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Quelques temps plus tard, on retrouve Pierre Philippe Edouard policier à Van Diemen’s Land. La terre de Van Diemen était le nom original utilisé par la plupart des Européens pour l’île de Tasmanie, maintenant partie de l’Australie. Le nom a été changé de la Terre de Van Diemen en Tasmanie en 1856.

Il fit connaissance sur place de sa future épouse. Il épousera donc Charlotte Jones, originaire d’Angleterre, le 6 juillet 1846 à Kirklands.

Charlotte est née le 17 juillet 1825 à Whitchrch, Shropshire, en Angleterre. Son arrivée en Tasmanie n’est pas le fruit du hasard ! Elle fut jugé à Liverpool, le 11 septembre 1843, pour avoir volé une paire de bottes, et fut condamnée à sept ans de prison à Van Diemen’s Land en Tasmanie. Sentence disproportionnée par rapport à ce qu’elle avait fait, me direz-vous ! C’était une autre époque ! De tels jugements étaient aussi appliqués en France.

Charlotte arriva donc à Hobart le 25 août 1844, elle a été amené sous le pseudonyme d’Elizabeth Amstrong. Pourquoi ? Toujours est-il que cette confusion de nom l’a suivra toute sa vie et donc particulièrement au PNG - 355.3 komoment de la naissance de ses enfants. Deux filles, Mary Anne et Charlotte Joséphine, vont naître avant leur départ d’Hobart en Tasmanie le 24 juin 1852, pour Brunswick, état du Victoria en Australie. A ce moment là, Charlotte était enceinte du troisième enfant, Sarah Elizabeth, qui devait naître trois semaines plus tard le 17 juillet 1852 à Brunswick.

C’est à Sydney Plat (Woodvale) que naquit leur quatrième enfant, Martha Frances, le 3 juillet 1855.Ce lieu se nomme maintenant Bendigo.

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Woodvale

Résumé du contexte et de l’histoire :

Woodvale, situé à 10 km au nord de Bendigo, a connu de nombreux noms depuis que l’occupation européenne a commencé en 1845. Woodvale était à l’origine considéré comme faisant partie de Myers Creek, plus tard Myers Flat. Il a été changé à Sydney Flat quand l’exploitation minière a été établie en 1852. Ce nom a vécu jusqu’aux années 1920, quand il a été changé en Woodvale pour éviter la confusion avec la ville de NSW. Avant laPNG - 487.1 ko colonisation européenne, c’était un pays de forêt ouverte occupé par le peuple Dja Dja Wurrung, dont la population était estimée à environ 1000 habitants. Le nom autochtone de la localité était Nerring. En 1845, il est devenu une partie de la station de Weddikar. En 1861, Marong Shire a été fondée et Woodvale était une partie de la circonscription nord-est du comté. En 1991, Woodvale a été absorbé dans la ville de Greater Bendigo.

La découverte de l’or dans les sols de Bendigo au cours des années 1850 en fait l’une des villes les plus significatives de l’ère victorienne en Australie. Les nouvelles découvertes ont intensifié la ruée vers l’or entraînant un afflux de migrants venus du monde entier. C’est à Bendigo que fut découvert le dernier site aurifère.

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Pourquoi déménagèrent-ils dans cette nouvelle région ? Peut être aussi pour y faire fortune !

Les pionniers australiens, qu’ils soient arrivés par contrainte ou par choix, devaient avoir un caractère fort et être déterminés pour pouvoir survivre dans un environnement étranger. La famille est arrivée dans les champs aurifères sans maison pour y vivre et avec leurs moyens de subsistance dépendant du succès d’Édouard. A cette époque, Bendigo était une ville composée de tentes. La seule eau provenait du ruisseau et était utilisée pour boire, faire la cuisine, se laver et rechercher l’or (par nettoyage). Les soins médicaux étaient presque inexistants.

Pour la grande majorité, la possibilité de revenir dans leur pays d’origine était inexistante. Ils devaient rester pour le meilleur ou pour le pire.

Toujours est-il qu’en 1878, la famille Meurillon possédait 7 acres de terre.

L’acre est une ancienne unité de mesure de superficie. La superficie de l’acre égale bien souvent deux journées de bœufs (deux journées de travail d’un attelage de bœufs). Elle se situe ainsi généralement entre trente et soixante ares. L’acre anglo-saxonne est définie avec une chaîne de 66 pieds, soit 40 ares ou 4046 m2.

Pierre Philippe Édouard Meurillon fit une demande, pour obtenir 5 acres de terre supplémentaire à Sydney Flat, au bureau des terres et études de Sandhurst, avec l’intention d’y faire un vignoble. Sa demande fut acceptée et le vignoble y fut planté.

Malheureusement, Pierre Philippe ne profita pas de son vignoble car il devait décédé le 13 novembre 1883 à Bendigo, dans l’état de Victoria en Australie, à l’âge de 65 ans.

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Son épouse Charlotte décéda au même lieu le 13 février 1912, à l’âge de 86 ans. Elle était veuve depuis 29 ans. Elle donna naissance à six enfants, dont deux l’ont précédée dans la tombe. Trois des conjoints de ses filles sont également décédés avant elle. Elle connut 43 petits-enfants dont 14 étaient mariés de son vivant.

Ceci est un résumé de mes premières recherches généalogiques effectuées pour Mme Margareth Watson côté France. Beaucoup d’informations sont en cours de recherche. Pour l’histoire de cette famille côté Australie, elle a été établie par la descendante ci-dessus nommée et autorisée à être publié avec son accord.

Pour moi, ce fut aussi une aventure, afin de suivre Edouard et son épouse Charlotte à travers ces lieux de Tasmanie et l’Australie en général.

Pour le moment, je n’ai pas réussi à retrouver le nom du navire et du capitaine qui emmena Edouard loin de sa terre natale !

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Par contre, j’ai retrouvé l’histoire d’un autre navire (baleinier), parti du Havre un an plus tard , le 3 juin 1841, nommé « le Rolland » commandé par le capitaine Olivier Le Cozannet. J’ai pu retracer l’histoire d’un de ses marins normand qui déserta le navire à Hobart , ainsi que l’exploit de son capitaine qui sauva 198 personnes. Parmi ces personnes rescapées, il y avait une famille de colons écossais. Cette famille qui émigra aussi en Australie me permit d’avoir des contacts avec une autre personne dans ce pays. Cette personne, Marisa Yeaman, artiste musicale et passionnée de généalogie, est aussi à la recherche de renseignements.

Ce sera l’occasion pour moi de vous faire découvrir de nouvelles aventures dans un prochain article.

F,Renout

Sources :
1) Archives départementales (recherches famille Meurillon)
2) histoire familiale effectuée par Margareth Watson (côté Australien) et diffusée avec son autorisation.(contact décembre 2017)


Documents joints

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