Le clergé et la révolution

mercredi 20 février 2019
par  Francis RENOUT
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Pour les prêtres, en cette période troublée de la révolution, il n’y avait malheureusement que deux alternatives : prêter serment à la constitution ou s’exiler.

Pratiquement une partie du clergé de la région a prêté le serment et a ainsi pu traverser les mauvais temps de la révolution sans persécutions, ni tracasseries, et même exercer son ministère jusqu’à la fermeture des églises.

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Le dimanche 8 février 1778, décédait Guillaume de Saint-Pierre, curé de Saint Valery en Caux, jansénite, licencié en théologie de la faculté de Paris, âgé de 83 ans. L’inhumation eut lieu en présence de messires Jean Baptiste et Nicolas Guillaume Arnois, seigneurs de Cailleville, Captot et autres lieux.

Il fut remplacé par Antoine Julien Pichard de la vVssière, prêtre, docteur agrégé de la faculté des arts et licencié de Sorbonne. Dernier curé du lieu avant la révolution, il commença son ministère le 23 février 1778 pour finir le 14 novembre 1792 en baptisant Victoire Marguerite Billard. Les registres furent ensuite tenus par les officiers municipaux, conformément aux dispositions de l’article premier du titre VI de la loi du 20 septembre 1792.

Antoine Julien Pichard, fils de Julien, marchand bourgeois, et de Marie Anne Drouet, nait le 21 octobre 1739 à Fécamp Saint-Fromond. Ses parents, mariés le 19 novembre 1737 au même lieu, ont eu sept enfants entre 1738 et 1747. Après le décès de son épouse, Julien père s’installa à Saint Valery en Caux où il décéda le 2 février 1789. Son frère Jean Baptiste fut orfèvre en ce bourg jusqu’à son décès en 1810.

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Mais, le 4 septembre 1797, suite au coup d’état, les persécutions contre le clergé se renouvelèrent. Le Directoire avait la faculté de déporter nous seulement les prêtres insermentés, mais aussi ceux qui seraient accusés d’incivisme. Tel fut le cas pour notre curé Pichard.

Doué d’une intelligence remarquable, il était toujours tergiversant lorsqu’il s’agissait de prendre une détermination. Sa conscience ne lui permettait pas d’agir comme son premier vicaire, Mr l’abbé Gautier, qui se déclarait franc jacobin et renia son Dieu. Antoine Julien Pichard éveilla les soupçons contre lui et, accusé de modérantisme, il devint victime de la vindicte populaire, bien que siégeant au conseil général de la commune, en qualité de notable.

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Il fut déporté et interné dans la citadelle de Saint Martin de Ré le 21 décembre 1798. Affaibli par les privations et le défaut d’air, il mourut à l’hôpital de cette île le 22 nivose de l’an VII (11/01/1799), âgé de 60 ans, loin de sa famille.

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Saint-Martin-de-Ré a été fortifié par Vauban, à la suite du siège de La Rochelle, au XVIIe siècle pour protéger La Rochelle et Rochefort des invasions anglaises.

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La citadelle de Saint Martin allait devenir une prison redoutable. Le 26 octobre 1797, la municipalité vota un budget pour que chaque détenu puisse bénéficier d’une soupe. Le 24 mai, à l’annonce de nouveaux arrivants, l’hôpital Saint Louis fut réquisitionné. Le 7 aout 1798, 150 prêtres arrivèrent du Mont Saint Michel, suivis par une centaine de Belges et des laïques dont femmes et enfants. L’organisation fut vite débordée par le nombre de prisonniers : le 2 décembre on dénombra 1156 prêtres détenus à Saint Martin. Le pain manquant, la population vint en aide aux prisonniers. Ils disposaient d’une liberté relative ; certains traversaient la ville de la Citadelle a l ’hôpital ; les martinais en profitaient pour leur offrir quelques denrées malgré la disette qui régnait sur l île. Les séquestrés ne se plaignaient guère de leur condition trouvant la force dans leur foi.

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Dans l’église Saint Martin, un monument en bois est dédié à la mémoire des 1023 prêtres déportés sous le Directoire de 1798 à 1801, enfermés à la Citadelle de Saint-Martin, et dont 61 d’entre eux y sont morts, ensevelis furtivement, sans aucun honneur funèbre, quelque part au pied des remparts.

Les 4000 prêtres réfractaires arrêtés devaient être déportés en Guyane, mais devant la menace de la marine anglaise, seulement 300 traverseront l’océan. Les survivants ne virent la fin de leur calvaire et leur libération qu’à la suite de la signature du concordat le 14 juillet 1801.

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Quant au premier vicaire de Saint Valery en Caux, l’abbé Gautier, par crainte d’une mort certaine, celui-ci renia sa foi et se déclara franc jacobin. Il fit partie du premier comité de surveillance avec d’autres bourgeois du bourg et devint maire de Saint Valery en Caux devenu "Port Pelletier".

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Celui-ci, malgré ses démonstrations jacobines, n’avait pu arracher à la prison son pauvre père, courbé par l’âge et les infirmités. Ce dernier, Amand Valentin Amour Gautier, ancien négociant et avocat, fut arrêté le 6 germinal de l’an II, pour avoir entretenu une correspondance secrète avec deux prêtres déportés. Il fut amené à la prison de Cany.
Sa servante, une fille Girard et la citoyenne Manon Gautier, le suivirent quelques jours plus tard, soupçonnées d’avoir été dans le secret de la correspondance d’ Amand Gautier. et pour avoir participé à des rassemblements clandestins. Son fils, le danger disparu, reprit la soutane et devint curé de Doudeville après une sévère pénitence, et ceci, jusqu’à sa mort.

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Les prêtres en exil :

Ceux-ci s’embarquèrent sur trois points principaux du rivage cauchois : les ports de Dieppe, Saint Valery en Caux et le Havre. Ils partaient tous munis d’un passeport du district, avec 36 livres d’argent et une chétive provision de linge. Ceux-ci quittèrent les larmes aux yeux leur terre natale, sous les injures de la population. On peut citer :
 l’abbé Lebay, curé de Veules les Roses,
 l’abbé de la Brecque, curé de saint Sylvain, mort en Angleterre, en 1801, âgé de 90 ans
 l’abbé Dutot, chapelain de Blosseville, décédé en Angleterre, en 1799,
 l’abbé Papillon, curé d’héberville, mort en Angleterre, le 15 avril 1824, âgé de 79 ans,
 l’abbé Porée, prêtre du Havre, mort à Leipzick, le 17 février 1801, et bien d’autres.

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Cacher les prêtres réfractaires sous la révolution :

http://enenvor.fr/eeo_revue/numero_8/cacher_les_pretres_refractaires_sous_la_revolution_fran%C3%A7aise_un_engagement_prioritairement_feminin.html

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Prenons l’exemple de Jean Guéroult, prêtre, chanoine et doyen de l’église d’Yvetot.

Né à Sassetot le Mauconduit le 5 avril 1734, fils de Nicolas et Marie Cretaigne, Jean Gueroult, par ses capacités, devint doyen de la collégiale d’Yvetot et chanoine en 1789. Il se garda bien de faire le serment de la constitution civile du clergé : Rien ne devait souiller sa conscience.
En 1790, il se retira à Rouen où pendant trois ans il fut répétiteur au séminaire St Nicaise.
En 1793, il fut arrêté et incarcéré dans la maison de réclusion de Rouen avec 90 autres prêtres du diocèse.

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Au début de 1794, les autorités du département, le firent partir pour Rochefort, liés et garrotés dans une charrette pour être déportés en Guyane Française. Le voyage dura vingt jours. Il fut embarqué sur le bateau "les deux associés" avec plus de 400 prêtres. Il ne put soutenir longtemps les tortures auxquelles les prêtres étaient livrés.

Il mourut le 17 juillet 1794, âgé de 60 ans, et son corps fut inhumé à l’île d’Aix.

Histoire du bagne de Guyane :

http://gmarchal.free.fr/Le%20Bagne%20de%20Guyane/Deportes%20sur%20la%20Decade.htm

F.Renout
(Administrateur cgpcsm)

Sources :

1) Philippe Cyprien Leloutre (docteur et historien)

2) recherches personnelles (archives départementales)

3) Images de Saint Valery en Caux par A.Robida


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