Yerville : de la Révolution à l’Empire

mercredi 14 avril 2021
par  Francis RENOUT
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En mai 2021, le 5, ce sera le bicentenaire du décès de Napoléon I à Sainte Hélène, lieu où il posa le pied le 15 octobre 1815 pour sa détention, et qui sera aussi le lieu de sa dernière demeure.

Napoléon I vint par deux fois dans le Pays de Caux, à Yvetot, en 1802 et 1810. L’empereur qui venait de Rouen, se rendit ensuite à Bolbec, le Havre, Fécamp et Saint Valery en Caux.

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Il existait jusqu’à l’aube de la Révolution une forme de service militaire : la milice, composée de célibataires recrutés par tirage au sort. Cette milice était assez peu contraignante mais très impopulaire à cause des abus qu’en faisaient les agents du roi et de son caractère inégalitaire : seuls étaient astreints à servir les paysans et manouvriers pauvres. Elle est réprouvée dans son principe par les cahiers de doléances de 1789 et abolie.

La conscription entre dans les mœurs :

Avec l’avènement du directoire, la Révolution s’engage dans des guerres de conquêtes.

C’est alors que la loi Jourdan, du 5 septembre 1798, oblige tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans à s’inscrire sur les registres communaux pour faire face à la menace d’une deuxième coalition européenne. Cette « conscription » a pour objet de faciliter une levée en masse. Les citoyens sont appelés sous les drapeaux sur ordre ou par tirage au sort, avec possibilité pour les plus fortunés de se trouver un remplaçant.

http://www.archivesdepartementales76.net/rechercher/itineraire-de-recherche/soldats-et-conscrits/

Comme on peut l’imaginer, la conscription n’est pas populaire : elle arrache à leur métier ou à leur terre des jeunes gens dans la fleur de l’âge pour les envoyer sur les champs de bataille de l’Europe. Il existe, fort heureusement, trois moyens légaux d’échapper à la conscription : le remplacement, la marine ou... le mariage !

Quant aux moyens illégaux d’échapper à la conscription, ils sont multiples, mais, la plupart du temps, ils présentent l’inconvénient d’obliger ceux qui les utilisent à porter atteinte à leur intégrité physique.

Certains préférèrent tout endurer afin de rester au pays. Voici un exemple parmi des milliers : Romain Bisson, natif d’Etretat, ayant tiré un mauvais numéro, résolut, avec l’aide de sa famille, de se cacher. Il se dissimula dans une des grottes de la falaise. Il y vécut plusieurs mois approvisionné par son père qui descendait dans un panier attaché à une corde nourriture, vêtement et bois de chauffage.

II n’y eut pas que les familles pour aider l’insoumis. Souvent, tous les habitants d’un village se rassemblaient pour dissimuler aux forces de l’ordre leur ami, leur client ou leur voisin. Les gendarmes étaient-ils annoncés qu’on s’empressait de faire fuir l’insoumis dans les bois. L’enquête menée par la maréchaussée tournait court, chacun respectant la loi du silence. Çà et là, quand il arrivait que le réfractaire fût capturé, ses amis tendaient une embuscade pour le libérer.

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La conscription sous le premier empire :

http://www.histoire-en-questions.fr/premier-empire/grande-armee-conscrit-insoumis.html

Chronologie révolution et empire :

http://groupes-premier-degre-36.tice.ac-orleans-tours.fr/eva/sites/clg-antoine-meillet-chateaumeillant/IMG/pdf/chronologie_revolution_et_empire.pdf

La révolution française et l’empire :

http://espacehgfauthoux.e-monsite.com/medias/files/lecon-n-3-la-revolution-francaise-et-l-empire.pdf

Comment vivait-on cette période à Yerville :

La conscription accable de plus en plus les populations. Dans nos villages du pays de Caux, des vides se font dans les foyers. On fait tout, en de nombreux endroits, normands et non normands, pour que les jeunes ne participent pas aux combats qui se livrent en Europe et en Afrique. Il arrive qu’on se cache dans les bois, qu’on prenne un faux état civil. Prévoyants même à l’extrême, des parents refusent de faire dresser, en plusieurs communes, l’acte de naissance de leurs garçons. Les départs de conscrits sont cause d’autres inconvénients. L’agriculture commence ici et là, à manquer de bras et l’on voit dans les champs des personnes âgées pousser la charrue et des prisonniers, cantonnés dans la région, manier la herse.

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Recherche sur les soldats yervillais :

Pendant la période impériale, on entendit souvent sonner le glas. Entre 1792 et 1808, on relève de nombreux noms de personnes natifs de Yerville, tués sur les champs de bataille ou victimes des suites de leurs blessures. Malgré leur vaillance, d’autres, par contre, décédaient de maux divers ou de fièvres. Longue et émouvante est cette liste de héros oubliés, ponctuée de pleurs maternels ou de regrets fraternels. Peut-être avez vous ces patronymes parmi vos ancêtres sans savoir ce qu’ils faisaient et dans quelles circonstances ils étaient décédés. Ils étaient âgés entre 21 et 27 ans pour la majorité d’entre-eux.

Parmi les sept frères Foucart qui font les campagnes impériales, contraints de pointer leur fusil, de brandir le sabre ou de bourrer les canons, un seul revient de Russie. Celui-ci était sur les champs de bataille de Smolensk, Briansk et Moscou. A son retour, en reconnaissance d’être toujours en vie, il fit élever un calvaire dans sa propriété de Bosc Mauger. C’est une simple croix en fer supportant un christ en fonte doré, scellé dans un bloc de maçonnerie. Ce monument existe toujours à notre époque.

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S’ensuit une longue et émouvante liste de « héros » natifs de Yerville, qui ne reviendront pas au pays, suite à leur engagement dans les diverses campagnes de Napoléon I.

Guillaume Montier, 37 ans, caporal au 6 ème bataillon de la Seine Inférieure, compagnie des canonniers. Il décède le 27 septembre 1793, à l’hôpital militaire de Calais.

Robert Feugueuray, du 98 ème régimant d’infanterie, 3 ème compagnie. Il décède le 13 décembre 1794, à l’hôpital de Montmédy, dans la meuse.

Martin Beaufils, du 98 ème régiment d’infanterie, 3 ème compagnie. Il décède le 17 février 1795, à l’hôpital de Montmédy, dans la meuse.

Jean Guérin, du 3 ème bataillon de la 175 ème demi-brigade, 4 ème compagnie. Il décède à l’hôpital ambulant de la 3 ème division à Gull.

François Nicolas Joseph Jean, né le 28 mars 1783, à Yerville, fils de François, menuisier, et de Catherine Rose Fontaine. Il est fusilier, au 3 ème bataillon du 57 ème régiment, 3 ème compagnie. Il décède à l’âge de 21 ans, le 21 juin 1804, à l’hôpital militaire de l’humanité, à Lille nord.

Jean Baptiste Nicolas Neveu, né le 14 octobre 1772, à Yerville, fils de Nicolas et de Marie Bouteiller. Il est gendarme stationné en la commune de Stradella, arrondissement de Voghera, département de Marengo, en Italie où il décède le 29 novembre 1804, âgé de 32 ans.

Son frère, François Parfait Neveu, né le 6 mai 1787, grenadier au 1èr bataillon du 22 ème régiment d’infanterie de ligne, décède le 9 septembre, 1810, à l’hôpital de salamanque, en Espagne, des suites de fièvres.

Charles Evrard, fusilier au 93 ème régiment de ligne, 2 ème batterie, 9 ème compagnie. Il décède le 25 septembre 1807, à l’hôpital d’Alexandrie, suite à des fièvres, qu’il a contracté pendant la campagne d’Egypte.

Omer Joseph Leblond, né le 8 septembre 1786, à Yerville, fils de Georeges Nicolas, boucher, et d’ Eloizabeth Leserre. Il est caporal au 8 ème régiment de cuirassiers. Victime de fièvres, il décède le 12 avril 1808, à l’hôpital de Lodi, en Italie.

Jacques Louis Aimé Turgis, né le 22 juin 1770, à Yerville, fils de Jacques Noël, avocat au parlement, et de Marie Anne Thorel de boitoutain. Descendant d’une opulente famille yervillaise, il est engagé dans la 20 ème demi-brigade de ligne. Suite à de fortes fièvres, il décède le 14 mars 1809, à l’hôpital de Ferrare, en Italie.

Jean Baptiste Levasseur, né le 27 mars 1786, à Yerville, fils de Jean Baptiste et de Geneviève Boulier, grenadier au 2 ème bataillon du 22 ème régiment d’infanterie, décède le 22 septembre 1810, à l’ambulance réglementaire de Toro, en Espagne.

Pascal Martin Duval, né le 8 septembre 1789, fils de Jacques Boniface, conducteur de diigences, et de Marie Rose Pézier, voltigeur au 3 ème bataillon, du 28 ème régiment d’infanterie légère, meurt, tué sur le champ de bataille d’Albuera, en Espagne, le 16 mars 1811. Il reçut une balle à la tête.

Jean Baptiste Anquetil, né le 14 janvier 1789, fils de Jacques Aimable et de Marie Enout, chasseur au 13 ème régiment d’infanterie légère, 3 ème bataillon, 3 ème compagnie, décède le 8 mars 1812, à l’hôpital militaire de Hambourg.

Son frère, Jacques Antoine Anquetil, né le 19 janvier 1791, à Yerville, fusilier au 25 ème régiment d’infanterie de ligne, décède à l’hôpital militaire sédentaire de Strabourg, le 4 juillet 1813, âgé de 24 ans, suite à des fièvres qui ont eu raisons de ses forces.

Jean Malherbe, fusilier au 5 ème bataillon du 75 ème régiment d’infanterie de ligne, âgé de 24 ans, décède le 21 avril 1814, à l’hôpital militaire de Lille, où il a été admis suite à des fièvres qu’il avait contractées.

Louis Aimable Maurouard, né le 10 novembre 1764, à Yerville, fils de Louis, marchand, et de Marie Magdeleine Delalonde, chef d’escadron au 13 ème régiment de dragons, est tué par l’ennemi, à Majamahonda, en Nouvelle Castille, en Espagne, le 11 août 1812.

Pierre Jacques Lieutegard, né le 22 mars 1791, à Yerville, fils de Jacques Barthélémy et de Marie Geneviève Beaufils, canonier au détachement du 3 ème régiment d’artillerie à pied, décède le 12 novembre 1813, à l’hôpital de Perpignan, après avoir fait la campagne d’Espagne.

Quelques soldats de retour au pays natal :

Robert Rémy D’Yvetot Il naît le 1 octobre 1772, à Yerville. Il est le fils de Nicolas et de Marie Anne Neveu. Gravement blessé pendant les guerres de l’empire, âgé de 44 ans, il est sans profession en 1817. Sans doute que son état l’empêcha de devenir garde champêtre comme il fut prévu à une certaine période par les représentants de la commune. Par contre, il fut nommé plus tard ! Agé de 63 ans, célibataire, il décède le 20 septembre 1835 au cours de la nuit. Il est retrouvé dans la mare de Guillaume Faucon, tisserand, âgé de 42 ans et voisin de ce dernier ; suivant le procès verbal établi au procureur du roi. S’est-il noyé ? Drôle de façon de finir sa vie pour un ancien soldat qui flirtait avec la mort chaque jour.

Sans en être vraiment sûr de leur retour, il y eût aussi Philippe Guérillon et Louis Nicolas Pierre Andrieu de Guitrancourt, lieutenant, puis capitaine au 22 ème régiment d’infanterie de ligne. On ne trouve pas de renseignements à leur sujet.

En 1814, on note la présence de prisonniers autrichiens à Yerville. Au moment de la paix, deux d’entre-eux refusèrent de retourner dans leur pays. Ceux-ci venaient certainement du camp de prisonniers autrichiens établi à Motteville, nommé hameau de la Hongrie, ainsi nommé suite au nombre considérable de hongrois qui y étaient internés. Certains devaient être employés aux champs suite au manque de main d’œuvre provoquée par la conscription.

Avec l’autorisation du gouvernement, ceux-ci purent rester en France. Le premier, François Zémack, âgé de 25 ans, natif de Lechewstz, village proche de Cracovie, journalier, charron, se marie le 21 février 1814, en cette paroisse, avec Marie Catherine Née, âgée de 17 ans. Le couple aura deux enfants qui naîtront à Yerville et huit autres enfants qui naîtront à Hugleville en Caux. Il en fut de même pour Joseph Antime Ferdinand Drieda.

Yerville comme plusieurs communes environnantes, connut les suites de la défaite de Waterloo. En janvier 1816, un cantonnement de troupes prussiennes s’établit dans le bourg. Certains cultivateurs étaient chargés de leur fournir la paille et l’avoine pour les chevaux.

F.Renout
(Administrateur cgpcsm)
R

Sources :
Alain Pigeard (la conscription sous le premier empire)
François Houdecek (Du village à la caserne:les étaples de la conscription sous le consulat et l’empire)
Pierre Andrieu Guitrancourt (Yerville à travers les âges)
Archives départementales de seine maritime


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