Le miracle d’Ouville l’Abbaye

samedi 1er juin 2019
par  Francis RENOUT
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Hasard merveilleux, chance exceptionnelle, ou miracle ? Comment peut-on interpréter ce qui se passa dans le village d’Ouville l’Abbaye, en ce début du XVIII ème siècle .....................................

Ouville l’abbaye :

Ouville l’Abbaye est un village du Pays de Caux composé d’Ouville dit le village et de trois hameaux : hameau de l’Abbaye, du Ménillet et de Mont de bourg. A l’origine, Ouville tire son nom du gaulois Ou, Eu... et qui signifie un pré ou un marécage, un terrain humide, boueux et couvert de joncs - et ville indique une ferme, une villa romaine. C’était le domaine d’un grand propriétaire foncier.

Vers 1035-1066, dans la vaste forêt parsemée de marécages où poussaient les glaïeuls et les joncs, courait le loup, le cerf et le sanglier.

Ouville groupe ses habitations autour de l’église romane de 1187, à l’ombre du château tenu par Guillaume d’Ouville. Les maisons sont à pans de bois et torchis, couvertes de chaume et se trouvent isolées les unes des autres. Elles forment ainsi les premières cours-masures le long de la Grand-rue, à proximité des mares et des champs à cultiver.

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Aux 12 et 13ème siècles, on procède partout à des défrichements forestiers et des assainissements de marais. Ces terrains sont transformés en champs cultivés grâce à la persévérance des villageois, manouvriers et les laboureurs.

Du 12 ème au 14 ème siècle, les seigneurs d’Ouville logent en leur château à motte, caché au milieu des arbres. C’est un château en bois, situé sur un lieu élevé, avec une solide palissade autour et un donjon au milieu. On découvre encore des traces de ses fondations. Il fut détruit pendant les guerres de religion.

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D’après le livre terrier, le nouveau château, construit entre 1640 et 1655, sous Jean de la Place, seigneur de Furnechon, est composé d’un rez de chaussée, d’une salle à manger, d’une salle de compagnie, d’un salon, de chambres de maîtres, d’une cuisine, d’office et plusieurs appartements. Des chambres étaient aménagées à l’étage pour loger les officiers et les domestiques. Au dessous, il y avait les caves.

A l’extérieur, se trouvaient les écuries, les remises, la maison du jardinier et trois puits. Le puits du château , construit dans un bâtiment couvert, d’une profondeur de 30 m, servait pour l’alimentation en eau du seigneur et de sa suite. On y remontait entre 20 et 50 litres d’eau à chaque fois. Une grande cour à l’est et un grand jardin à la française à l’ouest, étaient entourés de murs.

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En 1272, il existe un hospice de lépreux ou ladrerie desservi par des frères et des sœurs qui soignent les maladies dans leur maison d’Ouville.

En 1672, le 26 juillet, au centre bourg, un grand incendie a ravagé trente maisons principalement bâties en bois, chaume et torchis.

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* LE MÉNILLET :

En 1786, le hameau du Bourg Joly est situé à la limite de la seigneurie de Thibermesnil et du terroir et seigneurie de Montebourg. le fief de Reniéville Mesnillet appartenait au sieur Ruellon. Il s’agissait du manoir seigneurial avec droiture de colombier à pied, jardin, grange, écuries, pressoir, bergerie, fournil et autres bâtiments avec un puits séant dedans, le tout clos de fossés plantés d’arbres de hautes futaies orné d’avenues, avec bois, taillis et futaies. La chapelle fut bâtie en 1764 et a succédé à une autre plus ancienne qui était tombée en ruine.

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* MONT DE BOURG :

Souvent transcrit par erreur Mondebourg. En 1210, Monteborc est le bourg qui monte, le bourg où l’on monte. Le sire de Tancarville était le seigneur du lieu. En 1786, le terroir et seigneurie de Montebourg possèdent une église dédiée à Saint-Pierre avec son cimetière, un manoir presbytéral, des chemins et un puits.

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La commune de Mont de Bourg avait 34 feux (139 habitants), 225 hectares répartis en terres dont des terres labourables, des vergers, des bois de hautes futaies et des joncs marins, des revenus communaux, deux hameaux le Mesnil Roux et le Ménillet, 26 propriétaires. Par Ordonnance Royale du 7 août 1822, le territoire de Mondebourg est rattaché à la commune d’Ouville l’Abbaye.

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Miracle d’Ouville en 1738 :

Les nouvelles ecclésiastiques du 22 juillet 1739, nous rapporte l’histoire suivante :

Un enfant d’environ 5 ans, fils de Vivien Leclerc, marchand du bourg, tomba malade le 16 août 1738, d’une fièvre quotidienne très violente, accompagnée de vomissements continuels. Il ne retenait aucune nourriture, ne dormait presque point et était très agité pendant la nuit. Tous les remèdes qu’on lui donnait était inutiles. La persévérance de cet état si fâcheux, l’avait réduit à un tel état de maigreur et de faiblesse, que ses parents et tous ceux qui le voyaient, pensaient qu’il ne pût vivre encore bien longtemps.

Sa mère qui avait entendu parler des miracles de Mr de Paris (et en particulier celui qui s’était opéré à Saint Aignan en Berry), prit la résolution de mettre son fils sous la protection d’un saint aussi puissant. Lui-même, lui mit dans le cœur une ferme confiance de la guérison future de son fils. Son espérance ne fut pas vaine. Le grand-père du malade commença le 6 février une neuvaine au bienheureux diacre. Il avait la dévotion de faire chaque jour ses prières à jeun et plusieurs personnes s’unissaient à lui.

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L’enfant, pendant le cours de la neuvaine, ne but que sur un petit morceau de bois de la couche du saint pénitent et sur un peu de terre de son tombeau. Les premiers jours, la maladie augmenta sensiblement. Le sixième, qui était le mercredi des cendres, l’enfant se trouva dans une telle situation, que sa vie parut plus en danger que jamais. Néanmoins, ce jour là, la fièvre l’abandonna. Tous ces maux ont disparu le même jour. Sa santé fut rétablie. Cette histoire fut mise par écrit et signée par le grand-père, les parents, deux frères de l’enfant guéri et onze habitants du lieu, hommes et femmes. Ces témoins précisent que cette guérison subite et inespérée est vraiment miraculeuse.

Le feuillant Louis de Saint Robert qui avait été témoin du miracle, arrivé à Saint Aignan et qui en fut éloigné par ordre de la cour à cause du zèle religieux qu’il témoigna, a eu le même sort à Ouville l’abbaye, où il avait été relégué en dernier lieu. Le bruit du miracle dont on vient de faire le récit, ayant remonté jusqu’à sa source des lettres de cachet, ceux qui en disposent et ne veulent pas de miracles, craignirent que Louis de Saint Robert les fasse publier. Dès le 13 mars, il fut expédié deux ordres du Roi à ce religieux. Il eut l’ordre de partir du monastère d’Ouville l’abbaye et de se rendre au monastère des feuillants à six lieues de Toulouse et d’y demeurer jusqu’à nouvel ordre. On fit en sorte de ne plus entendre parler de lui.

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Biographie de la famille Leclerc :

Les parents de cet enfant « miraculé » sont Vivien Leclerc, marchand chandelier, et Marie Rose (roze/Rosay/Rosoeie), mariés le 24 octobre 1719 à Ouville l’Abbaye et originaires tous deux du lieu. A cette époque, le seigneur du lieu était Jacques Henri Dambray, lieutenant des vaisseaux du roi, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis.

Ceux-ci eurent 9 enfants, sept fils et deux filles, entre les années 1721 et 1741, dont trois décédèrent assez jeunes. L’un d’eux, âgé de huit ans, décédait deux mois après l’apparition de la maladie de son frère « miraculé » le 15 octobre 1738.

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Suivant les dates de naissance des enfants et l’âge mentionné de l’enfant malade (5 ans), tout nous laisse à penser qu’il peut s’agir de Nicolas né le 27 mai 1734.

Quant au grand-père, il ne peut s’agir que du grand-père paternel car les grand-parents maternels étaient déjà décédés depuis de nombreuses années.C’était donc Robert Leclerc. Celui-ci était veuf au moment des faits et devait habiter au domicile de son fils Vivien et de sa belle fille Marie. Il devait décéder le 5 septembre 1756 à l’âge respectable de 93 ans.

Nicolas, miraculé ou pas, devait se marier le 30 juillet 1759, à Ouville l’Abbaye, avec Marie Madeleine Braquehais. Le couple eut cinq enfants entre les années 1760 et 1772 à Ouville l’Abbaye.

Son père, Vivien, mourut subitement le 22 mars 1768, âgé de 71 ans. Sa mère Marie le suivit quelques années plus tard, le 12 août 1780.

F.Renout
(Administrateur cxgpcsm)

Sources :

1) Jean Pierre Ferrer et Michel de Carpentry (histoire d’Ouville l’abbaye)

2) recherches personnelles sur le miracle d’ouville et la biographie de la famille Leclerc (archives départementales)

3) Nouvelles ecclésiastiques (Gallica)


Documents joints

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