Hydrographe Du XVI ème siècle au XVIII ème siècle
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Le 3 janvier 1772, à Valmont, est baptisé Charles Edouard Duquesney, fils d’Alexandre René Duquesney, receveur du duché d’Etouteville, et de Marie Anne Charlotte Choquet. Le parrain est François Edouard Choquet, prêtre bachelier de Cuverville, repésenté par Piierre Doré, son domestique. La marraine est Dame Charlotte Elizabeth Choquet, épouse de feu Jean Louis Cleron, hydrographe, représentée par Marie Campion, femme de chambre de cette dernière.
Cette mention d’hydrographe m’interpelle, car ce n’est pas un métier très connu, ni très courant à l’époque. Qui est donc Jean Louis Cleron ?
Biographie de Jean Louis Cleron :
Jean Louis Cleron est baptisé le 4 février 1691, à la paroisse saint Thomas, à Fécamp. Ses parrain / marraine sont Jean Letellier, procureur du Roi et Marie Leverd, épouse de Mr Gueroult, officier du Roi. Il est le fils de Louis Cleron et de Marie Hélène Letellier, mariés le 18 février 1688, à Mesmoulins, hameau de Tourville les Ifs. Il nait dans une famille de notable. Son père est médecin de l’abbaye de Fécamp. Il est cité en 1676 comme fils de Marie Aleaume, nièce et héritière de Louis Nourry, médecin de Rouen.
Que fait Jean Louis Cleron au cours des trente premières années de sa vie ? Il est capitaine de navire en 1725, année où il se marie le 21 septembre, à la paroisse saint François, au Havre, avec Charlotte élizabeth Choquet. De capitaine au long cours expérimenté, il devient « maistre de navigation au port du havre » ;c’est à dire professeur à l’école d’hydrographie.
Successeur d’Aze, Jean Louis Cleron devient professeur à l’école royale d’hydrographie du Havre, par brevet du Roi, aux appointements de 90 livres mensuels et 300 livres par an sur la ville . En 1753, ayant déjà atteint la soixantaine quand il prit la direction de l’école d’hydrographie, il vit ses forces physiques diminuer rapidement. En 1772, il exerçait encore car, à l’époque, il réclamait de l’intendant une augmentation de traitement.
Au bout de quelques années d’enseignement, il obtint l’aide de son fils Jean Louis, lequel fut autorisé le 8 décembre 1767, par le ministre de la marine, à remplir les fonctions de maître d’hydrographie. Le brevet officiel ne devait lui être remis qu’à la mort de son père. Cette mort survint le 4 juillet 1772, à la paroisse Notre Dame, au Havre, et dès le lendemain, la nomination du fils était confirmée. L’inhumation eut lieu le 5 juillet en présence de ses deux fils Jean Louis, hydrographe, et Victor, commis aux octrois.
Comme on le voit sur l’acte, Jean Louis Cleron père est décédé le 4 juillet 1772 ;or, sur l’acte de baptême de Charles Duquesney, à Valmont, le 3 janvier 1772, le prêtre mentionne que son épouse Charlotte Choquet est veuve !Comme quoi, il ne faut pas toujours se fier aux informations que l’on retrouve sur les actes.
En 1773, Cleron fils adressa à l’académie royale de marine des observations sur les longitudes. Malgré quelques erreurs de calcul, l’académie approuva ce travail. Il resta au Havre jusqu’à la nouvelle organisation des écoles d‘hydrographie en 1791, période à laquelle il fut transféré à Boulogne sur mer.
Enseignement de l’hydrographie du XVI ème au XVIII ème siècle :
L’hydrographie normande s’est développée centrée sur Dieppe de 1536 à 1635. Les dieppois avaient une flotte importante et pratiquaient la navigation de commerce. Leurs hydrographes, des pilotes mais aussi des prêtres, ont dessiné des cartes maritimes d’inspirations portugaises. Ils ont mis sur pied le premier enseignement de la navigation prodiguée en France. Malheureusement, beaucoup de cartes manuscrites ont disparues.
https://amhydro.org/wp-content/uploads/Chapitre-3.pdf
Au XVI ème siècle, l’enseignement de l’hydrographie était rudimentaire. Quelques principes et beaucoup d’expérience étaient les connaissances demandées aux capitaines et aux pilotes.Il n’existait pas de manuel qui leur résumât la théorie de l’art de naviguer. Seul le pilote Jacques de Vaulx rédigea en 1583 un premier ouvrage resté manuscrit. Il y expose le moyen de naviguer tant en longitude qu’en latitude. Il rappelle quelques notions générales sur la forme de la terre, les quatre éléments, la sphère céleste, la rose des vents, les cartes marines et les marées.
L’hydrographie d’état nait en France sous l’action de Richelieu et surtout de Colbert. Il emploie des ingénieurs assistés de pilotes, d’officiers de marines et d’hydrographes, nom donné à l’époque aux personnes qui enseignent la navigation, lèvent les côtes et en dressent les cartes pour la défense du royaume, la sécurité de la navigation et la prospérité du commerce.
En dehors des officiers de la marine royale, auxquels les règlements imposèrent pendant un certain nombres d’années l’assistance aux conférences d’hydrographie, l’école havraise forma plus particulièrement des navigateurs pour le commerce. Elle recueillit surtout des jeunes gens pour préparer le brevet soit de capitaine, maître ou patron, soit de pilote hauturier, soit de maître au cabotage et de pilote lamaner. Le premier document officiel découvert sur le mode de recrutement remonte au mois de mars 1668. Colbert rappela à cette époque au lieutenant du Roi au Havre qu’il devait surveiller activement l’application du règlement déjà existant, en vertu duquel les habitants du Havre qui ont trois fils doivent en envoyer un à l’école d’hydrographie de pilotage. Des moyens de répression étaient prévus contre les parents récalcitrants.
Traité de navigation de Jean Baptiste Denoville en 1760 :
http://assprouen.free.fr/denoville/index.php
En 1720, fut créé le dépôt des cartes et plans de la marine pour centraliser les documents relatifs à la navigation et en assurer l’exploitation:copies et création de cartes originales.
Les professeurs de l’école royale d’hydrographie du Havre :
L’histoire du port du Havre et de la navigation occupe une place majeure dans l’histoire de la ville. L’école royale d’hydrographie créé en 1666, devient la plus importante de France. On y trouve comme professeur :
Georges Boissaye du Bocage, père (1666-1694) premier professeur, ingénieur et hydrographe de la marine. Il fit exécuter le creusement du grand bassin du port et le canal Vauban, du Havre à Harfleur.
Georges Boissaye du Bocage, fils (1694-1717)
Michel Fremont (1717-1726), cousin de Georges Boissaye fils
Meynier (1726-1730)
Pierre Bouguer (1730-1735) dont le nouveau traité de navigation fait référence tout au long du XVIII ème siècle.
Duvivier, suppléant de Bouguer (1735-177)
Louis Adrien Aze (1737-1752)
Jean Louis Cleron, père (1753-1772)
Jean Louis Cleron, fils (1772-1791)
Outre plusieurs cartes marines établies par les Boissaye du Bocage, père et fils, on peut mentionner diverses productions utiles aux marins : l’échelle proportionnelle, le cercle universel imprimé au Havre en 1683, un quartier de proportion et des observations sur le flux et le reflux de la mer.
Jean Baptiste le Grip, né en 1734, à Preteville, près de Lisieux étudie à l’école d’hydrographie du Havre auprès de Jean Louis Cleron père. Il rédigera un « Cayez » à partir des leçons dispensés par son professeur. Voir sa biographie :
https://cartogallica.hypotheses.org/2200
Epilogue :
C’est certainement la Normandie qui fournit au XVII ème siècle et XVIII ème siècle, le plus grand nombre de livres classiques à l’usage des futurs capitaines ou pilotes. Se préoccupant de l’instruction des marins, la loi du 10 août 1791, décrétée par l’assemblée nationale, réorganisa les écoles de la marine sur un plan nouveau.
F.Renout
(Administrateur cgpcsm)
Sources :
Registres paroissiaux archives de Seine Maritime
F.Russo (l’hydrographie en France aux XVII et XVIII ème siècle :écoles et ouvrages d‘enseignement)
Gallica (Bulletin de géographie historique et descriptive/ Comité des travaux historiques ….)
Lucile Haguet (un manuscrit havrais de navigation du XVIII ème siècle)
Photos provenant de panneaux maquettés par bruno Voisin offerts à l’ASSP par la bibliothèque municipale de Rouen
Amhydro (les débuts de l’hydrographie française)










