Sur les traces des propriétaires du château de Janval
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(Communément appelé château « Michel »)
Au moment où j’ai accepté une demande de recherche concernant un membre d’une famille originaire du Mans, je ne pensais pas que celle-ci m’amènerait jusqu’à Dieppe. Cette recherche concernait Joseph Benoît Bérard de Chamgirault. Qui était-il ? Partons à la découverte de cette famille et des histoires qu’ils ont laissé derrière eux.
De pontlieue (sarthe) à Dieppe :
Le premier ancêtre Bérard né au Mans en 1595, était marchand mercier, un bourgeois aisé, propriétaire de sa boutique. Son fils Pierre, né en 1632 au Mans, se marie vers 1658 avec Anne Herme dont il aura de nombreux enfants. Son beau-père Louis Herme est marchand de toiles à Pontlieue. Pierre, âgé de trente trois ans, fonde le 24 juin 1665, une société au capital de laquelle participe son beau-père Philippe Herme, également marchand, un verrier, un maître de forges, un avocat et un notaire du Mans, pour établir une manufacture, ce qui nécessitait une lettre patente du roi Louis XIV. Les activités de la socité se concentrent sur la blanchisserie à Pontlieue, petit village au sud du Mans près de la rivière l’huisne.
Leur fils Pierre né en 1668, reprend avec son frère René, la gestion de la fabrique après la mort de leur père en 1690. Ils employaient quatre vingt ouvriers. Pierre épouse en 1713 Marie Charron, dont il aura six enfants, tous nés à Pontlieue.Malheureusement son épouse décède à l’âge de vingt neuf ans, en 1722. Les enfants, très jeunes, souffriront de l’absence de leur mère.
Leur fils René Augustin né en 1721, 5 ème enfant du couple, avait fait ses études au collège de Bayeux à Paris . La mort de son père en 1740 le ramène au Mans. En 1757, il épouse Elizabeth Bonnet, fille de bourgeois du Mans. En 1746, il reprend l’entreprise textile avec son frère Pierre Charles, après l’intérim de leur sœur. En 1766, René se marie en secondes noces avec Thérèse Renée Bessirard de la Touche dont il aura neuf enfants. Il développe l’entreprise et fait une belle carrière d’industriel qui le conduit à être juge consul du tribunal de commerce du Mans. Les deux époux décèdent en 1784. C’est à l’occasion de la succession des parents et d’un oncle que l’on mesure l’importance des capitaux accumulés. Après avoir réservé une rente viagère aux trois sœurs religieuses, les trois fils de René Augustin dispose chacun en 1794 d’un capital supérieur à 100 000 francs.
Après avoir recherché et évoqué une partie de l’histoire familiale de cette famille, nous arrivons au personnage concerné par ma recherche : Joseph Benoît Bérard de Chamgirault.
Biographie de Joseph Benoît Bérard de Chamgirault :
Dernier enfant du second mariage de René Augustin, il naît le 20 mars 1777, à Pontlieue. Chamgirault provient du nom d’un des domaines que possédait la famille. En 1796, âgé de dix neuf ans, il fonde avec Louis Michel Vetillard, la première maison en gros de draperie au faubourg saint nicolas, au sud du Mans. IL recrute des ouvriers en teinturerie de toiles et importe des draperies en écru de Lisieux et du midi.
Joseph épouse le 17 juillet 1809, à Louviers, Anne Françoise Rondeaux de Montbray née à Rouen en 1786. Celle-ci était domiciliée chez ses parents, négociants à Louviers. Par la suite, il va créer une entreprise de blanchisserie à Louviers, selon la tradition familiale. Le couple aura deux filles. Il sera président du tribunal de commerce de Louviers, ville où il réside jusqu’en 1851. Joseph décédera à Dieppe le 17 septembre 1851, ville où ses deux filles sont établies.
La première fille Marie Anne, née au Mans le 31 juillet 1810, épouse Antoine Sellier, le 3 octobre 1831. Antoine, fils d’un marchand mercier de Dieppe, est négociant, armateur et fabricant d’huile dans cette ville portuaire.Plus tard, il deviendra mire de Dieppe de 1846 à 1848 et de 1852 à 1857.
La deuxième fille, Camille Julie Berard, née à Louviers, le 26 avril 1818, épouse le 13 juillet 1841, au même lieu, sous contrat de mariage établi le deux juin par Maître Tourneux, Jean Baptiste Dufresne, originaire de Rouen, fils de banquier. Celui-ci est avocat près du tribunal civil de Dieppe. Le couple n’aura qu’un seul fils:Charles Etienne Dufresne, né le 31 octobre 1842, à Dieppe.
Joseph Benoit Bérard meurt lors d’une visite au domicile de sa fille Camille Julie, sis rue d’écosse, à Dieppe, le 17 septembre 1851.
Le manoir ou château de Janval :
Le manoir de Janval était la propriété de Jean Baptiste Dufresne qu’il a fait construire après le conflit de 1870/1871. Il y décède le 28 avril 1881, huit ans après son épouse. Son fils Charles Etienne en hérite au décès de ses parents.
Charles Etienne nait le 31 octobre 1842, au domicile de ses parents, sis rue de la barre, à Dieppe. Il sera exploitant agricole, administrateur de la compagnie des chemins de fer de l’ouest. Il se marie à Paris, le 16 mars 1872, avec Léonie Marguerite de Bousquet, originaire de Dordogne, fille d’un administrateur de compagnie d’assurance. Le couple aura cinq enfants.
Charles Etienne s’impliquait dans des œuvres de bienfaisance. Il créa une école qui accueillit 20 à 30 enfants. Par la suite, il édifia une chapelle nommée « Sainte Madeleine ». Il fit venir un chapelain et lui fit construire un presbytère. De nouveau, quelques temps plus tard, il fit bâtir deux écoles:une pour les filles et une pour les garçons. On comptait jusqu’à cent vingt élèves, dont un instituteur et trois religieuses. Pour l’époque c’était une école moderne avec un tableau noir, des cartes de géographies et un musée scolaire qui abritait des échantillons des cinq continents. Il fit également construire un atelier de couture pour les filles et un patronage du dimanche et du soir pour les garçons. Par la suite, il fit construire des logements ouvriers pour les louer, en bail, moyennant un prix en dessous des cours.
En 1883, une caserne d’infanterie sera construite à Janval, en face de son domaine. Charles Etienne pensa que cette promiscuité pouvait engendrer des désagréments pour ses enfants. Il alla donc s’installer au manoir de Calmont, à Arques la Bataille, et mit le château en vente.
Le propriétaire suivant ou le dernier propriétaire sera Hubert Michel, un entrepreneur, administrateur de sociétés. En 1946, il décide de léguer le château et les six hectares de terre à l’hôpital local. La volonté d’Hubert Michel était de transformé cet endroit en un refuge pour les personnes âgées. On y créa un hospice . A l’intérieur, on pouvait encore apercevoir des traces de l’époque, au moment où ce domaine historique était une propriété privée. Par la suite, le centre hospitalier de Dieppe en fit une maison de retraite. Malheureusement abandonné à l’heure actuelle, ce château est toujours un lieu de mémoire pour les habitants de Dieppe, connu sous le nom de « château Michel » .
Le manoir de Calmont :
Charles Etienne Dufresne alla s’installer avec sa famille au manoir de Calmont, à la campagne, vers 1884. Il y fonda le même genre de domaine qu’à Janval ;mais en plus important. Il devient patron fermier. Soixante dix personnes du domaine de Janval le suivirent. Ce domaine était un petit village à lui seul.
De son manoir, côté est, il avait une superbe vue sur la forêt d’Arques et la campagne environnante. Calmont est un hameau d’Arques la bataille, à proximité de Rouxmesnil. Une école et des maisons ouvrières furent créées. Il fit construire une chapelle et un presbytère et fit venir un chapelain qui disait la messe chaque jour.
Charles Etienne décéda en ce lieu le 1 août 1920, deux ans après son épouse.
En juillet 1935, les enfants ayant hérité au décès de leur père, mirent en vente les maisons, le corps de ferme, les terrains ; mais ils conservèrent le manoir afin de perpétuer à ce quoi leurs parents s’étaient consacrés toute leur vie. Ils décidèrent que le manoir deviendrait un lieu de repos et de bien-être destiné aux travailleurs. Après avoir cherché une œuvre sociale, ils signèrent un bail d’un franc par an, avec l’union des PTT de France et des colonies, créant ainsi la fondation « Dufresne ». En 1936, le manoir devint donc une maison de repos et de retraite pour les facteurs.
Un ensemble de sept blochaus allemand a été construit entre 1940 et 1941, pendant le conflit de 1939/1945, à Calmont. Cinquante à cent soldats y ont vécu pendant deux ans. Malheureusement, le manoir fut détruit par les allemands à la fin de la guerre.
Charles Etienne Dufresne, qui oeuvra toute sa vie pour la bienfaisance de tous, partit de son château de Janval à cause de l’installation d’une caserne d’infanterie. Coïncidence ! le destin voulu qu’on construise des blochaus sur ses terres de Calmont et qu’on détruise son manoir !Le mal triompha du bien.
Epilogue :
Pierre Bérard, passionné de généalogie, consacrera trois page de son livre concernant sa famille émigrée en Normandie, suite à mes recherches. En éditant ce livre, il a voulu léguer aux générations futures, une histoire de famille
F.Renout
(Administrateur cgpcsm)
Sources :
Pierre Bérard (suite à mes recherches et à son livre)
Actes des archives départementales
Dominique Pilon (château de Janval et manoir de Calmont)





