Les racines cauchoises de Joséphine De Beauharnais

mardi 2 septembre 2025
par  Francis RENOUT
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« On est de son enfance comme on est d’un pays » comme disait Antoine de Saint Exupéry. Pour notre personnage, les lieux d’enfance de la future impératrice respirent l’exotisme. Elle fera ses premiers pas, en Martinique, dans une civilisation sucrière.

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Marie Rose Josèphe Tascher de la Pagerie, plus connue sous le nom de Joséphine De Beauharnais, est née le 23 juin 1763, aux trois îlets, en la paroisse du cul de sac à vaches, dans l’habitation de ses parents, connue à l’origine sous le nom de « petite Guinée », à la Martinique. La « petite guinée », nommée « la Sannois » par la suite, abritait une vaste habitation de plus de 500 hectares en pleine époque sucrière et esclavagiste.

Cette famille de colons est originaire du Perche. Marie Rose surnommée « Yéyette » est baptisée, le 27 juillet, dans l’église des Trois-Ilets. Les parrain et marraine sont ses grands-parents paternels, Gaspard de Tascher de La Pagerie et Marie-Françoise Boureau de La Chevalerie, apparentée à Pierre de Belain d’Esnambuc, fondateur de la puissance française aux Antilles. Elle est issue d’une famille de Békés, colons européens. Elle grandit sur une habitation sucrerie aux trois îlets jusqu’à l’âge de seize ans.

Domaine et musée de la Pagerie :

https://memoire-esclavage.org/domaine-et-musee-de-la-pagerie

En août 1779, Marie Rose est appelée en France par sa tante Renaudin qui a préparé son mariage avec le jeune Alexandre de Beauharnais, né le 28 mai 1760, à Fort Royal (Fort de France), à la Martinique, quand son père y était gouverneur. Alexandre fut élevé par la grand-mère de Marie Rose et par Mme de Renaudin. Il est le fils de François De Beauharnais, originaire de Charente Maritime et de Marie Henriette Pyvard De Chastullé. Son père est nommé chef d’escadre des vaisseaux du roi, en 1761, puis gouverneur général des îles et Terres Fermes d’Amérique, entre mai 1757 et février 1761 et assura également les fonctions de gouverneur particulier de la Martinique lors de l’invasion de celle-ci par les Anglais.

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Marie Rose et Alexandre se marient le 13 décembre 1779, à Noisy le Grand. Du mariage de Joséphine et Alexandre naissent deux enfants, Eugène, en septembre 1781 ainsi que Hortense, en avril 1783. Mais le vicomte est violent avec son épouse, dilapide leur fortune et abandonne régulièrement sa famille pour profiter de la compagnie de ses maîtresses. En 1785, Joséphine obtient la séparation. Les chemins des anciens époux se croisent de nouveau quelques années plus tard et le destin de Joséphine échappe de peu à la tragédie.

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Entre temps, en 1788, Marie Rose décide de s’embarquer pour la Martinique avec sa fille Hortence. Elle retrouve avec plaisir le cadre de son enfance. Mais l’île est secouée par le contrecoup de la révolution. Une violente révolte des esclaves la force à quitter l’île précipitamment. Elle ne reverra plus ses parents. Marie Rose et sa fille arrive à Toulon, le 29 octobre 1790.

Au cours de ses deux dernières années où Marie Rose est en Martinique, Alexandre De Beauharnais est membre, puis président des jacobins, au moment de la fuite de la famille royale. C’est lui qui annoncera leurs arrestations à Varennes. Général en 1792, il est placé à la tête de l’armée du Rhin. Il sera arrêté en mars 1794. Le 21 avril, c’est au tour de la vicomtesse Marie Rose de retrouver son époux au couvent des carmes, transformé en maison de détention. Transféré à la conciergerie, Alexandre est jugé hâtivement et guillotiné le 5 thermidor.

Marie Rose, libérée le 6 août, veuve, sans ressources, avec deux enfants, doit vivre d’expédients dans Paris, en tentant d’oublier sa misère, la faim et la peur. Hoche et le marquis De Caulaincourt vont pourvoir quelques temps à ses besoins. Barras, général de l’armée,devenu son protecteur, lui fit rencontrer Napoléon Bonaparte. Séduit par le charme de la belle créole, il l’épouse le 19 ventôse an IV (mercredi 9 mars 1796), à Paris, en la mairie du deuxième arrondissement. Pour lui plaire, Marie Josèphe Rose devient Joséphine. « Joséphine de Beauharnais », n’a été appelée ainsi que durant les cinq dernières années de sa vie. En effet, elle n’a jamais été appelée ainsi avant son divorce d’avec Napoléon : du temps de son mariage avec Alexandre de Beauharnais, elle se prénomme Marie Josèphe Rose. 

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Après ce « court » résumé de la vie de Marie Rose Josèphe, nous partons à la rencontre de ses ancêtres, qui vont nous mener vers le Pays de Caux, où moi-même et sa famille avons des ancêtres en commun. Ceux-ci se sont mariés en 1648, dans un petit village, dont la terre serait à l’origine une possession de la famille d’Harcourt. Vous allez découvrir le nom de ce village en remontant l’histoire des ancêtres de Marie Rose.

Les parents de Marie Rose :

Ses parents sont de très riches colons, exploitant d’une plantation de cannes à sucre qui emploie plus de 300 esclaves africains.

Son père Joseph Gaspard Tascher de la Pagerie est né le 5 juillet 1735, au Carbet, à la Martinique. Celui-ci est écuyer puis chevalier seigneur de La Pagerie, Chevalier de la Dauphine (1752), lieutenant des canonniers bombardiers de la Côte (1757), capitaine de dragons, chevalier de Saint-Louis. Il épouse le 9 novembre1761, aux trois îlets, Rose Claire des Vergers de Sannois.

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Laissant à sa femme le soin de gérer la plantation, Joseph-Gaspard, ancien page de la dauphine Marie-Josèphe de Saxe à Versailles, lieutenant d’artillerie, chevalier de Saint Louis, préfère mener à Fort-Royal (maintenant Fort-de-France) une vie mondaine auprès de son frère, le baron de Tascher, commandant des ports et rades de la Martinique, et de sa sœur, Désirée de Renaudin.

En 1766, un terrible cyclone s’abat sur l’île et ravage le domaine de la Pagerie. La maison d’habitation, en bois, est entièrement détruite. En pleine nuit, il fallut se réfugier dans les bâtiments en pierre de la sucrerie.

C’est dans cette demeure de fortune pieusement conservée que Marie Rose, surnommée « Yeyette » vécut jusqu’à son entrée, à dix ans, chez les dames de la Providence, à Fort-Royal. Il était de coutume aux Antilles de donner un petit nom aux enfants. Quatre ans plus tard, elle en sortit, pourvue de l’éducation que l’on PNG - 164.1 kioattendait alors d’une jeune fille de la société. Désormais Rose va partager son temps entre quelques réceptions à Fort-Royal et surtout une vie de farniente à la Pagerie, entourée de ses servantes noires Marion, Euphémie ou Brigitte, et de quelques amies de pension. C’est là que, selon la tradition, la voyante Éliama, prenant sa main, aurait prononcé la fameuse prédiction : « Tu seras plus que reine !… » Rien ne pouvait laisser prévoir pareil destin. A l’époque, La situation financière de Gaspard-Joseph de Tascher laissait fort à désirer.

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Lettre de Rose Claire des Vergers de Sannois à sa fille « Yéyette » le 12 aril 1802 :

https://www.thierrydemaigret.com/lot/98673/10396976 ?

Les grand-parents paternels de Marie Rose :

Son grand-père Gaspard Joseph Tascher de la Pagerie est originaire du Loir et Cher où il nait le 15 septembre 1705, à Saint Mandé. Capitaine de Dragons dans la Milice de Sainte-Lucie, il s’installe en Martinique vers 1726 pour y faire fortune dans le commerce du sucre. C’est là qu’il rencontre sa future épouse Marie PNG - 59.7 kioFrançoise Boureau de la Chevalerie. Ceux-ci se marient le 10 août 1734, au Carbet, lieu de naissance de Marie Françoise. Née le 10 mars 1709, Marie Françoise est baptisée le 2 avril et nommée par M. Robert Graud, écuyer, sieur du Poyet, capitaine d’une Compagnie du détachement de la Marine et par Dame Adrienne Dyel, sa grand-mère, veuve de feu le sieurJacques Jaham des Prés, en son vivant capitaine de milice. Ce patronyme « Dyel » , pour ceux qui connaissent ce nom, nous amène directement à un petit village cauchois. L’avez-vous trouvé ?

La lignée se poursuivra avec la grand-mère de Marie Rose……….

Famille De Tascher :

https://le-salon-des-precieuses.eklablog.com/9-l-imperatrice-josephine-1763-1814-a117395140

Les parents de Marie Françoise Boureau de la Chevalerie :

Son père, François Marie Boureau de la Guesserie est originaire d’Indre et Loire, où il nait le 17 février 1680, à la Chapelle sur Loire. Il est capitaine en service à La Martinique. C’est donc dans cette île qu’il fera connaissance de sa future épouse Marie Thérèse Jaham des Prés, originaire du lieu où elle nait le 15 décembre 1687, au Carbet. Leur mariage se situe vers l’année 1703, sans autres précisions. Tous deux décèderont très jeunes ; lui à l’âge de 37 ans et elle, à l’âge de 43 ans.

C’est par la lignée de son arrière grand-mère Marie Thérèse que nous allons poursuivre nos recherches, qui aboutiront vers le Pays de Caux.

Les parents de Marie Thérèse Jaham des Près :

Son père Jacques Jaham est né vers 1652, au Marigot, en Martinique. Il est conseiller au conseil de la Martinique, receveur des domaines de Saint Pierre en 1680, lieutenant de Milice, officier de milice de la Compagnie du Carbet (1701). Ses parents sont originaires de Vendée où ils se marient vers 1642. Jacques se marie vers 1676, à Saint Pierre, en Martinique, avec Adrienne Dyel De Graville, originaire du Pays de Caux.

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A cette toute première couche (Premiers compagnons de De Dyel du Parquet) appartenait aussi la famille de Jaham, puisque le tabellionnage du Havre nous révèle que : « Jean Jeham dict Vertprey » natif de Saint-Mars des Prés en Poitou s’embarqua au Havre sur « le Don de Dieu florissant » à destination de Saint-Christophe, le 9 Mai 1635 . Il fit partie de l’escorte personnelle de Jacques Dyel du Parquet, combattit à ses côtés à Saint-Christophe puis contribua activement à la Martinique à la conquête de la Capesterre sur les Caraïbes. Cette action d’éclat lui valut l’attribution d’une vaste concession près du Marigot. Marié deux fois, il eut neuf enfants et plus de trente-six petits-enfants. Son fils Jacques de Jaham des Prés, avocat et receveur des droits à la Martinique avait épousé une Dyel de Graville, petite nièce de Jacques Dyel du Parquet.

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Famille considérable et fort nombreuse au XVIII ème siècle, les Jaham ont constamment participé au développement de la Martinique, occupant des places importantes dans la milice de l’île, dirigeant des paroisses entières cmme le Carbet, Grande Anse, Marigot et Robert

Origine de la famille Jaham :

https://www.descendants-jaham.org/origine-des-jaham

Biographie et origine de la famille Dyel :

Adrienne Dyel est née le 12 août 1657, à Cailleville, dans le Pays de Caux. Ses parents, Adrien II Dyel De Graville, capitaine de régiment en Normandie, escuyer , seigneur de Graville et Montaval, et Adrienne Madeleine Dyel De Vaudrocque se marient entre cousins germains, le 6 octobre 1648, à Cailleville. Ceux-ci émigrent vers la Martinique en 1658 mais reviendront en France.

Jacques Dyel du Parquet :

L’oncle d’Adrienne Dyel, du côté maternelle, est Jacques Dyel du Parquet, de vieille noblesse cauchoise, né vers 1606 à Cailleville, en pays de Caux et mort le 3 janvier 1658 à Saint-Pierre à la Martinique. Il se marie le 30 avril 1647, au Carbet, en Martinique, avec Marie Bonnard. Il est gouverneur et lieutenant général de la Martinique, qu’il rachète en 1651 après avoir été gouverneur de l’île pour le compte de la Compagnie des îles d’Amérique. La famille DYEL a enregistré ses titres de noblesse au conseil souverain de la Martinique. L’origine de cette famille remonte à Robert Dyel en 1150. Cette famille a occupé un rang distingué dans la noblesse de Haute Normandie (la Chesnaye des bois). Robert Dyel est de ceux qui sont allés avec le Roi Louis VII, en 1147, à la deuxième Croisade.

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Jacques Dyel, neveu de Pierre Belain d’Esnambuc par sa mère Adrienne Belain est nommé en 1636, un an après l’arrivée des colons français en Martinique, gouverneur de l’île, par son oncle, en remplacement de Jean Dupont, capturé par les Espagnols.Personnage important des débuts de l’histoire de la Martinique, du Parquet se met très vite au travail : bonnes relations avec les indigènes de l’île, répartition des terres aux colons, arrivées de nouveaux planteurs.

Les papiers antillais de la famille Dyel, qui pendant plus d’un quart de siècle, fut propriétaire des îles de la Martinique, Grenade et Sainte Lucie, mis sous séquestre en 1793, sont dans le carton T103 des archives nationales.

C’est au XVII ème siècle que l’on trouve les origines du carnaval avec les cavalcades et mascarades bruyantes et joyeuses qui se produisait à la Martinique sous la gouvernance de Jacques Dyel. Il s’agissait de fêtes organisées en l’honneur du gouverneur et de son épouse Marie Bonnard. Ces fêtes se terminaient au château de l’habitation "La montagne" , à Saint Pierre, lieu de résidence du couple et lieu de gouvernement de l’île. Plus tard, ce déferlement sera interdit jusqu’en 1850.
Aux origines du carnaval :
https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/aux-origines-du-carnaval-entre-traditions-europeennes-africaines-803249.html

Epilogue :
Je pense que ce côté familial cauchois de Joséphine De Beauharnais est moins connu, sauf peut-être de quelques passionnés d’histoire et de généalogie………...

F.Renout
(Administrateur cgpcsm)

Sources :
Recherches personnelles et familiales famille Dyel
Nicole et Gérard Hubert (notice biographique-1999)
Gilles Devers (la colonisation de la Guadeloupe et la Martinique-2014)
Eugène Bruneau Latouche, Chantal et Philippe Cordiez (209 anciennes familles subsistantes de la Martinique-2010)
Eugène Bruneau Latouche (coup d’oeil sur la paroisse du grosmorne, île de la Martinique-2012)
Pierre Branda (Itinéraire d’une enfant gâtée)